Oran : La ville la plus fortifiée de la Méditerranée

Placé cette année sous le thème «Patrimoine immatériel, identité et authenticité», le Mois du patrimoine est particulièrement orienté, dans sa version 2022, vers sa dimension immatérielle avec une attention toute particulière à certaines de ses manifestations, comme le costume et le bijou traditionnel, le manuscrit, ou encore la distillation d’eau de fleurs.

Et c’est cette orientation qui est mise en relief cette année à Oran à travers l’exposition qu’organise depuis le 18 avril dernier et jusqu’au 18 du mois de mai le musée Ahmed-Zabana. Une exposition qui porte sur différents objets collectés à travers le temps et provenant de toutes les régions du pays. C’est, d’ailleurs, pour répondre à une orientation du ministère de la Culture que le Mois du patrimoine, qui se déroule entre la Journée internationale des monuments et des sites (18 avril) et la Journée mondiale des musées (18 mai), est accueilli, en cette année 2022, principalement par les musées nationaux. Ainsi, une grande partie de l’exposition du musée Ahmed-Zabana est consacrée au patrimoine immatériel pour faire connaître un ensemble de pratiques culturelles et de savoir-faire qui méritent d’être pris en considération et dont quelques-uns sont déjà classés au patrimoine mondial de l’Unesco.
C’est le cas par exemple du système d’irrigation traditionnel des foggaras de la région d’Adrar ou de la pratique musicale l’imzad, spécifique aux Touaregs. L’objectif premier étant de sensibiliser le grand public oranais sur l’importance de ces aspects immatériels de notre patrimoine qui ne se limite  pas aux objets ou aux monuments, aussi précieux soient-ils. Il y est également question d’exposer les textes de l’Unesco régissant ce patrimoine immatériel et les critères de leur classement.
A ce propos, il importe de rappeler que l’année 2022, qui connaît une attention particulière pour le patrimoine culturel immatériel, est également marquée par le dépôt par l’Algérie de deux nouveaux dossiers de classement au patrimoine mondial de l’humanité auprès de l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Il s’agit d’un dossier relatif à «la musique raï» et un autre sur «les métiers et savoir-faire liés au travail du métal». En parlant de musique raï, il est difficile de ne pas évoquer les précieux travaux de recherche académique réalisés par le Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) et par l’Université d’Oran, plus particulièrement ceux du défunt Pr Hadj Miliani, disparu en juillet 2021, qui a été chef du projet de recherche «Patrimoine culturel immatériel en Algérie» (2001-2004). Un projet qui s’articule autour de deux grandes formes culturelles : les productions orales (récitées ou chantées) et les formes artistiques qui en découlent (traditionnelles et modernes). Le Pr Hadj Miliani a également été commissaire du festival de la chanson raï et membre fondateur de l’association Apico, organisatrice de la première édition mondiale d’un festival de raï, qui s’est déroulée à Oran en 1985.
Hormis son patrimoine immatériel reconnu, Oran compte également un riche patrimoine matériel à travers ses mosquées et palais ottomans, sa vieille casbah du quartier de Sidi El Houari et ses fortifications espagnoles. S’agissant de ces dernières, il importe de souligner qu’Oran est considérée comme la ville la plus fortifiée de la Méditerranée. Une hypothèse formulée dans le guide «Oran, une ville de fortifications», éditée par l’association oranaise de protection du patrimoine, Bel Horizon.
Yahia Benaïssa