Ordures ménagères : Le temps des excès

Chaque Ramadhan, le même scénario se répète. Les éboueurs ont, sans jeu de mot gratuit, du pain sur la planche pour ramasser le pain, mais aussi d’autres produits qui finissent dans les poubelles. Et le décor est le même, qu’on soit à Alger, à Constantine ou Blida, dont parlent nos correspondants et qui évoquent la multiplication des rotations pour venir à bout du phénomène. Dans ce dossier, nous avons voulu alerter encore sur la persistance du gaspillage assimilé à un acte répréhensible par la religion qui, pendant ce mois sacré, doit imprégner les comportements. Par ailleurs, nous avons tenté de savoir les raisons qui poussent les citoyens à générer davantage de déchets ménagers. Le responsable d’une association nous dit enfin ce qu’il en pense et surtout ce qu’il faut faire.

Le volume des déchets ménagers augmente considérablement durant le mois de Ramadhan. Selon une étude réalisée en 2021 par l’Agence nationale des déchets (AND), la quantité produite durant ce mois croît de 10% par rapport à la moyenne estimée, le reste de l’année, à1,12 million de tonnes par mois. Surconsommation et gaspillage, le mois de jeûne est celui de tous les paradoxes que les ménages et le pays continuent de payer. Selon l’étude de l’AND, le taux de gaspillage alimentaire s’est élevé à 19% du total des déchets ménagers produits pendant le Ramadhan de l’année précédente.
En dépit des campagnes de sensibilisation lancées contre le gaspillage, en particulier de pain, le comportement des consommateurs reste inchangé. Difficile d’échapper pour beaucoup à la frénésie d’achats, la surconsommation et par conséquent au gaspillage, les constantes du mois sacré! Il est de coutume que les habitudes alimentaires changent complètement durant ce mois de piété. Les marchés des produits alimentaires deviennent des points d’attraction avant même son l’avènement.
Selon un président d’une association de protection des consommateurs, «les achats impulsifs se font par tradition et non par nécessité, même si les prix de certains aliments ne sont pas nécessairement à la portée de tous». Il explique ces excès par l’absence d’une culture de la consommation. Souvent, fait-il remarquer, plus de la moitié de la nourriture est destinée à être jetée.
Le phénomène du gaspillage est aggravé parla frénésie de consommation qui s’empare des ménages, avec l’achat de produits alimentaires en quantités supérieures aux besoins. Les comportements négatifs, dont le jet anarchique des ordures, sont aussi susceptibles de porter préjudice à l’environnement. Outre les campagnes de nettoiement lancées par la société civile, les deux établissements Extranet et Netcom travaillent à une cadence plus élevée que d’habitude durant le mois de Ramadhan car il s’agit une bataille sans répit contre l’insalubrité. L’Association nationale des commerçants et ANCA) donne des détails alarmants. «Plus de 4 millions de baguettes de pain ont été jetées dans les ordures durant le dernier mois de Ramadhan», soutient son président Hadj Tahar  Boulenouar.
L’étude réalisée par l’AND révèle également que les déchets analysés pendant la première semaine du mois de Ramadhan 2021comprenaient534 tonnes de pain et 494 tonnes pour ce qui est de la deuxième semaine du même mois. Au vu du constat établi et à lecture des chiffres annoncés par l’AND, le citoyen algérien continue de consommer avec ses yeux, tout en cédant à la tentation qui est en fait à l’origine de son attitude. Quoique la gent féminine est bien plus économe en matière de consommation et d’achats.
Les autorités devraient élaborer une loi interdisant formellement de jeter du pain dans les ordures, comme il est le cas dans certains pays européens, notamment l’Allemagne. Même s’il s’agit davantage d’un problème qu’il faut redresser que réprimer.
Samira Azzegag