Oued Meknassa : L’énième catastrophe !

La colère et le sentiment d’abandon ont été exprimés largement par les villageois de Hai Meknassa.  Les doléances transmises par les citoyens aux autorités pour aménager le lit et les berges d’oued Meknassa sont restées lettre morte.

« Depuis l’indépendance et bien avant, nous vivions sous la menace des flots de l’oued. Toute petite, mon défunt père nous interdisait de jouer sur ses rives. C’est la énième fois que les flots débordent sur nos maisons et inondent les routes.  Nous nous retrouvons bloqués pendant des jours entiers sans pouvoir circuler. Après les eaux, la boue s’immisce partout même dans nos chambres », raconte Hdjila, 85 ans, tout en décrivant l’ampleur de la catastrophe.
Pour sa belle-fille, l’oued Meknassa, qui traverse leur propriété, est devenu une décharge à ciel ouvert et un déversoir des eaux usées de toute la localité.  «En l’espace de 20 minutes de précipitations,  l’oued a débordé et ses eaux ont envahi les rives. Nous avons eu la peur de notre vie. Ma belle-mère à la vue de la situation météorologique, nous a conseillé de faire entrer les enfants. L’oued va encore faire des siennes, dit-elle », confie la jeune dame.
En  faisant le tour de la cour, pleine de bout et dont la clôture porte toujours les stigmates de la catastrophe, la belle fille déplore leurs conditions de vie. « Les conséquences des  inondations  s’ajoutent  à notre situation alarmante. Nous habitons des maisons dont les toitures sont  en zinc et les murs sans revêtement. Les eaux se sont infiltrées juste dans nos lits. Nous étions obligés de nous refugier chez nos voisins à l’aide d’une échelle car l’entrée à été submergée par les flots et les détritus », dit-elle.
Les défaillances mises à nu
La crue du cours d’eau a le mérite  de dévoiler les défaillances  constatées et signalées par les riverains depuis plus de 4 décennies.  Des témoignages recueillis in situ en  disent  long sur l’ampleur de la catastrophe. « Nous déplorons la mort de 10 personnes dont les véhicules ont été emportés par les eaux. La mobilisation de la protection civile et le nombre de disparus ont fait que les informations ont été relayées à l’échelle nationale dans les médias et les réseaux sociaux. En outre, nous ne sommes pas à la première crue de l’oued. Nous repêchons nos disparus et nous les enterrons et nous passons à autre chose. Cette fois-ci, nous n’allons pas lâcher prise et ferons pression sur les autorités pour le curage de l’oued et le relogement des familles sinistrées. Nos maisons sont bâties sur un sol instable et risquent de s’écrouler sur nos têtes. Les fondations se trouvent à l’air libre et l’érosion des rives accentuent le danger », déplore un villageois, accosté sur le tronçon de la route qui relie Meknassa à la commune  d’Ouled Ben Abdelkader. «Les victimes étaient à bord de trois véhicules qui ont été emportés par les crues de l’oued Meknassa, dans la commune d’Oued Sly, à 5 km à l’ouest du chef-lieu de la wilaya de Chlef. Ils ont été surpris par les flots, qui les ont trainé jusqu’à l’aval de l’oued, sur 5 km, à proximité de l’autoroute est-ouest », a indiqué le témoin.
Il est clair que la même route a été obstruée et fermée à la circulation jusqu’au lendemain, dimanche.   « Le trafic routier a pu reprendre après les travaux de déblaiement des détritus et le lavage de la boue qui s’est accumulée après la décrue. Depuis samedi, nous œuvrons à rétablir les routes et ruelles pour permettre aux habitants de circuler et aux enfants de reprendre l’école », a indiqué de son côté le directeur des travaux publics de la wilaya de Chlef. A Meknassa, il est difficile de circuler vu les tonnes de boue,  les troncs d’arbres, les roseaux  arrachés de leurs racines par la force de la crue.
«Le bâclage des travaux faits sur la route communale et l’autoroute est-ouest qui traversent l’oued est à l’origine de la catastrophe.   Le petit pont, où les trois véhicules ont été emportés par les crues samedi, n’est pas aux normes. Il ne mesure qu’un mètre de hauteur et 4 mètres de largeur. Cela a obstrué l’écoulement de l’eau. L’affaissement du sol et l’accumulation des gravats et détritus ont accentué la situation », a soutenu un autre témoin, rappelant avoir signalé aux autorités la non-conformité de ces ouvrages d’évacuation.
«Le même sinistre de reproduira peut-être dans un mois ou dix ans. Personne ne sait. Mais si les aménagements adéquats des ponts ne sont pas faits et les opérations de curage de l’oued entamé, nous allons encore perdre les nôtres. Les cours d’eau reviennent toujours même si ils sont secs depuis des siècles. La nature reprend ses droits et ce sont les humains qui doivent s’y adapter et non le contraire », lance philosophe, un  villageois.
K. D.