Oussama Bouchemakh, politologue «L’Algérie s’érigera en pivot énergétique régional»

Entretien réalisé par Aziza Mehdid

Les relations algéro-italiennes se voient scellées par la signature de plusieurs conventions et protocoles d’accord lors de la visite du président Abdelmadjid Tebboune en Italie. Dans cet entretien, le politologue Oussama Bouchemakh décortique cette visite et voit que l’Algérie est en train de revoir ses relations avec ses partenaires, alors que le monde assiste à une reconfiguration géopolitique et géostratégique et une refonte des rapports de force.
Les relations algéro-italiennes connaissent un renouveau dans un contexte régional et international si particulier avec une volonté affichée, de part et d’autre, de les consolider davantage. Pouvez-vous nous parler de la qualité de ces relations et des raisons de cette volonté ?
Les relations entre l’Algérie et l’Italie s’évoquent selon deux aspects. D’abord l’aspect historique, on n’est pas sans savoir que l’Italie a, de tout temps, soutenu l’Algérie, durant la guerre de Libération en l’épaulant à travers un soutien financier et médiatique. Puis, lors de la décennie noire, lorsque l’Algérie était en proie au terrorisme, l’Italie a maintenu les relations bilatérales entre les deux pays, contrairement à d’autres pays occidentaux, qui lui ont tourné le dos. Quant à l’aspect économique, Rome est considérée, depuis des décades, comme un partenaire important et incontournable pour Alger, sachant que cette dernière ne délaisse pas ses partenaires fiables. Aujourd’hui, l’Algérie est en train de revoir ses relations avec ses partenaires économiques à l’aune des transformations géopolitiques et géostratégiques mondiales profondes.
Le domaine stratégique et sécuritaire semble figurer parmi les questions d’intérêt commun, soulignées par les deux chefs d’Etat, Abdelmadjid Tebboune et son homologue italien, Sergio Mattarella. Selon vous, comment ce rapprochement pourrait contribuer à la reprise en main du dossier libyen, et à aider les frères Tunisiens à surmonter la période de malaise politique ?
Effectivement, les deux pays sont face à de grands défis sécuritaires. Ils peuvent constituer ensemble un nouvel horizon avec la Tunisie. Et ce, à travers l’investissement économique dans ce pays, d’autant plus que la crise économique enfonce davantage la situation politique chez le voisin de l’Est. Dans cette optique, plusieurs secteurs peuvent être développés, à l’instar du tourisme, outre les investissements italiens, en vue de basculer les rapports de force et d’instaurer un certain équilibre quant à la présence de la France, ayant la mainmise sur l’économie tunisienne, ainsi que les investisseurs des pays du Golfe. Ainsi, ce rapprochement et tant de similitudes dans les visions pourraient contribuer à la réussite du processus de redressement politique en Tunisie, à même de la repêcher d’une instabilité certaine. Aussi, le dossier de l’immigration clandestine revêt une grande importance pour les deux pays. Car il est très compliqué de gérer le flux migratoire qui menace la stabilité des deux rives de la Méditerranée. D’où la nécessité d’une coordination étroite entre l’Algérie, l’Italie et la Tunisie. Quant au dossier libyen, Alger et Rome partagent la même vision axée sur une solution libo-libyenne à travers l’organisation d’élections et le retrait des groupes des mercenaires selon la légitimité internationale.
Des conventions de coopération ont été aussi signées dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et le blanchiment d’argent…
Il faut savoir que des mercenaires ont été engagés, récemment, dans la crise ukrainienne et la question se pose sérieusement quant au sort de ces mercenaires après la fin de la guerre en Ukraine. Ce qui suscite les craintes de l’Algérie concernant les sources de financement et de soutien pour ces groupes. Donc, ces conventions rentrent dans le cadre du travail d’anticipation contre un éventuel redéploiement des groupes terroristes dans la région.
Alger et Rome semblent également décidés à renforcer leur coopération économique, notamment dans le domaine énergétique et celui des petites et moyennes entreprises. Quelles sont les perspectives à développer dans ce sens?
En effet, la visite du président Tebboune a été sanctionnée par la signature d’accords entre le groupe public pétrolier Sonatrach et l’italien ENI, dans la perspective d’assurer une sécurité énergique à l’Europe.
Et ce, à travers des projets d’augmentation des quantités d’approvisionnement en gaz via le gazoduc reliant l’Algérie et l’Italie. Ensuite, il y a un projet d’approvisionnement en énergie électrique. Il est prévu aussi des investissements dans le domaine de l’énergie solaire et de l’hydrogène vert. Donc, l’Algérie s’érigera, à l’avenir,
en pivot énergique régional, dans un contexte de transition des rapports de force entre le Moyen-Orient et le Moyen-Ouest. Il est aussi important de souligner l’expérience italienne avérée dans le domaine des petites et moyennes entreprises, tant l’Algérie y voit un secteur phare dans la reconstitution de son tissu économique.
nA.M.