Paroles d’experts : Les futures alliances sont complexes

Le pluralisme politique au sein des assemblées locales est un choix démocratique dont les retombées seront assurément perceptibles à l’issue de ces élections locales. Ainsi, une nouvelle conception de gestion et de responsabilisation locale verra le jour à la faveur d’un nouveau mode électoral qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

Une chose est sûre, l’heure de l’abolition des tutelles partisanes a sonné. De nouvelles formations politiques ont émergé au sein des nouvelles assemblées et elles auront à définir le sort de leurs cités dans le cadre d’un exercice collégial tout à fait distinct des pratiques du passé. Cette nouvelle donne est-elle de nature à améliorer les prestations des communes et des assemblées de wilaya ? Les intérêts des partis qui ont tant pénalisé les affaires citoyennes sont-ils définitivement anéantis ?
Le politologue Ali Rebidj rappelle que l’instauration du pluralisme politique date de 1992. Les partis politiques se sont activés depuis pour faire valoir leur place sur la scène politique nationale. Certaines formations ont disparu au fil du temps et d’autres résistent encore contre vents et marées. De nouvelles structures, malgré leur faiblesse organique et politique, investissent le terrain. Elles s’imposent même au sein des nouvelles assemblées. Il cite à titre d’exemple le FLN, le RND, le FFS ou le RCD qui résistent au changement opéré dans les mentalités et le système politique global du pays. «Lors de ces récentes élections locales, une rude concurrence s’est installée, et les vieux partis ont constaté la différence. En termes de résultats, les grands partis ont toujours le monopole, aux côtés de quelques nouveaux partis qui ont arraché quelques sièges. Le problème, ces derniers émergent rapidement et s’effacent rapidement. Leur déclin est étroitement lié à leurs fondateurs. Leur départ entraîne automatiquement l’affaiblissement de leurs formations. Ils n’ont pas de programmes à perpétuer», explique Rebidj. Le politologue pense que le pluralisme en Algérie a atteint un point de non retour. Sauf que, souligne-t-il, le nombre des partis pose problème. D’où le besoin d’imposer la règle des 5% afin d’éliminer de facto les formations sans ancrage populaire. Il faut en finir, insiste Rebidj, avec ces partis constituant des agréments à louer et qui disparaissent avec la fin des échéances électorales. Quant aux répercussions de cette pluralité sur la gestion locale, il explique qu’elle mène au jeu des alliances, lesquelles doivent s’établir pour l’intérêt des localités et non des partis.
Gestion collégiale
Le député Abdelkader Berriche, également expert en économie, abonde dans le même sens. Il fait remarquer que la bataille des locales s’est achevée, mais celle des alliances vient de commencer. Le scrutin n’a pas fait ressortir des majorités au sein des nouvelles assemblées. Ce qui oblige le recours aux coalitions qu’il qualifie de «complexes». En l’absence d’une entente autour des futurs P/APC, explique-t-il, cela conduit à des blocages au sein des assemblées supposées être effectives juste après la validation des résultats électoraux, intérêt des citoyens oblige. «Ces élections ont abouti à une nouvelle carte politique. Pas seulement, elle a également instauré une pluralité dans la gestion de ces structures territoriales, notamment les communes. Par le passé, deux partis avaient la mainmise sur une centaine de communes. Aujourd’hui, la situation a changé. D’autres partis ont arraché des sièges et ils seront impliqués dans ce processus. Cette pluralité devra sans nul doute réduire les dépassements, aplanir les différends, et par ricochet éliminer la corruption qui a longtemps gangréné l’administration locale. La gestion collégiale obligera tous les élus à servir leur localité dans un esprit de communion» explique-t-il en insistant sur le respect «strict» des règles de la démocratie.
Karima Alloun