Pas d’économie sans le savoir, selon des enseignants à l’université

L’implication réelle des universitaires est la clé de voûte de la relance économique. Sortir de la stagnation actuelle, accentuée, on le sait, par la crise sanitaire, est une urgence.

Le taux de croissance en 2019 n’a pas dépassé 0,8% et moins de 2% en 2020. Cette situation est également causée par la chute des prix des hydrocarbures en 2014.  Adopter un plan de relance économique en faisant appel à l’universitaire devient plus qu’une nécessité. Pour Aberrezak Kerzabi, professeur en économie à l’université de Tlemcen, il est temps que l’universitaire apporte son expérience sur le terrain.  Pour ce faire, l’accent doit être porté sur quatre volets. Il faut d’abord, estime l’universitaire, solliciter tous les laboratoires de recherche existants au niveau des universités. Il en existe plus de 1.000. Ces derniers doivent travailler en établissant des contrats avec l’Etat. En contrepartie, ils seront dans l’obligation de produire des travaux de recherche. Ensuite, l’Etat doit intervenir pour valoriser ces travaux aux seins des différentes entreprises. «Un travail de collaboration doit se créer entre l’université et le secteur économique pour sortir de cette stagnation», insiste-t-il. Le troisième volet repose sur l’impératif d’associer les autres institutions, à l’exemple du Conseil national économique et social et environnemental (CNESE). Il s’agit aussi de placer dans chaque institution de recherche un universitaire. «Le dernier point sera de faire participer les universitaires à des rencontres nationales.» Kerzabi estime important d’inviter l’université à réfléchir, proposer des thèmes particuliers et de trouver les moyens pour la relance économique et de soumettre toutes ces propositions à un débat serein entre universitaires. Selon notre lui, le rôle de l’universitaire ne doit pas se limiter au plan de relance économique mais il doit être associé, par exemple, dans la politique de développement durable, l’économie circulaire, la réforme du système de santé. Il est temps, insiste-t-il, de redonner la place à cet universitaire longtemps marginalisé. Kerzabi rappelle aussi l’urgence de s’attaquer à la bureaucratie. «Il est difficile de rester dans une économie dominée par la bureaucratie», a-t-il affirmé. L’enseignant juge aussi important d’encourager les entrepreneurs individuellement et de corriger toutes les incompréhensions contenues dans les textes de loi relative à l’investissement.
La e-connaissance
Pour sa part, le Dr Abdelkader Berriche, enseignant à l’Ecole supérieure du commerce, assure que la relance de l’économie passe par la numérisation qui sera d’un grand apport pour en finir avec la bureaucratie qui constitue un frein pour le développement économique et social du pays. Selon lui, dans cette nouvelle vision, l’universitaire ne doit pas être considéré uniquement sur le plan théorique mais doit s’ouvrir sur l’extérieur. «La prochaine étape après l’organisation des assises nationales d’économie de la connaissance sera de donner sa chance à l’universitaire de conduire le travail de recherche et de proposer des solutions adéquates basées sur les nouvelles technologies», a-t-il expliqué. Pour lui, la valorisation des travaux de recherche se fera à travers la signature de contrats entre les laboratoires universitaires et le secteur économique. «L’université doit être une sorte pépinière pour tout plan de relance économique et social», a-t-il dit. A ses yeux, les maisons d’entrepreneuriat créées au niveau des universités doivent s’impliquer dans la vie économique en établissant des conventions de partenariat avec le secteur économique. « Parler du rôle de l’université doit aussi passer par la réforme des programmes enseignés et la qualité des travaux de recherches qui doivent être orientés vers l’analyse de différents problèmes rencontrés sur le terrain », recommande-t-il. Abondant dans le même sens, le Dr Debiane, enseignant à la faculté de médecine à l’université de Tizi Ouzou, juge que la relance économique et sociale a besoin de nouvelles idées basées sur l’utilisation de nouvelles technologies. Selon lui, toute nouvelle stratégie nécessite de faire appel à toutes les compétences notamment universitaires qui pourra apporter une vision différente des précédentes. «C’est à travers cette élite et leur travail au quotidien qu’on pourra parler d’une vraie politique de relance économique tout en étant pragmatique donc l’universitaire, clé de voûte de la relance économique», a-t-il conclu.
Samira Belabed