Pillage des biens culturels : La chasse au trésor

Le trafic dans notre pays ne concerne pas uniquement les produits de première nécessité subventionnés par l’Etat. La saignée s’étend de plus en plus à des biens qui ont une valeur marchande et surtout symbolique. Les chiffres des saisies opérées par les gendarmes et les policiers révèlent l’ampleur du phénomène qui touche surtout l’est du pays. Les biens culturels ne sont plus à l’abri. Pièces archéologiques, de monnaies anciennes ou objets d’art font l’objet de vente illicite et d’exportation frauduleuse. Dans ce dossier, nos journalistes présentent quelques aspects de ce pillage. Ils évoquent également l’action de ceux qui, sur le terrain, qu’ils soient des éléments des services de sécurité, des Douanes ou travaillant dans des parcs culturels, font face au phénomène.
La contrebande et le trafic illicite de biens culturels sont de plus en plus visibles dans l’univers de la délinquance. Dans certaines circonstances, ils s’apparentent ouvertement à de la criminalité. Le phénomène qui n’épargne, à vrai dire, aucun pays, s’est aggravé à la faveur de guerres et de l’instabilité qui affectent des pays comme l’Irak, la Syrie ou le Mali dont le patrimoine est pillé. L’image de l’archéologue tranquille et innocent qui arpente les sites de fouilles est de plus en plus brouillée par celle de soldats ou de trafiquants. En plus de tuer, ils déterrent des objets précieux, subtilisent des pièces dans des musées ou des manuscrits de valeur qui se vendent dans les capitales occidentales. Dès que se déclare un conflit, l’Unesco lance des cris d’alarme contre ce transfert illégal d’œuvres culturelles ou de pièces archéologiques qui relève de l’agression contre les peuples dépouillés d’une partie de leur âme.
Au fil des années, le patrimoine a cessé d’être uniquement un marqueur  d’identité pour devenir également une source d’enrichissement. Un débat qui agite l’Iran ces jours-ci traduit ce glissement. Un projet de loi veut carrément autoriser l’achat et la vente d’antiquités au grand dam des archéologues.
L’Algérie n’échappe pas au pillage de ses sites. Des fragments de poterie, de mosaïques mais surtout des pièces de monnaie de différentes époques sont déterrés avant d’être vendus pour ceux qui en connaissent la valeur. S’il s’en trouve qui agissent par ignorance ou par naïveté, d’autres sont conscients de la valeur de ce qu’ils détiennent.
L’Est du pays, qui compte de nombreux vestiges antiques comme les ruines de Timgad, de Djemila ou de Thagaste, est très touché. Les routes de l’exportation illégale débouchent surtout vers la Tunisie voisine qui fait face aux mêmes agissements. La plupart des réseaux de trafiquants qui procèdent à des fouilles illégales sont très souvent démantelés dans l’axe Annaba-Tébessa-Souk Ahras et Batna. Dans ces régions, ou ailleurs, l’abandon de nombreux sites qui ne sont pas gardés encourage ces actes qui, en l’absence d’entretien et de restauration, se multiplient. Depuis quelques années, les autorités ont pris la mesure du danger. Une loi relative à la protection du patrimoine culturel, matériel et immatériel a été promulguée le  15 juin 1998.Celle-ci comporte des dispositions liées au classement, aux organes de protection mais aussi des sanctions. Un de ses articles stipule notamment que «les fouilles sont interdites sans autorisation du ministre chargé de la Culture».
Outre le bouclier de la loi, la gendarmerie et la sûreté nationales ont mis en place des brigades chargées de protection du patrimoine culturel. Aumois de mars dernier, des officiers ont bénéficié, au Palais de la culture d’Alger, d’une session de formation d’une dizaine de jours. Le corps des douanes s’implique aussi dans cette lutte qui, désormais, se mène sur plusieurs fronts dont le tout dernier est la plateforme «turathi» qui  se décline comme un espace de promotion et de vigilance citoyenne.
Rachid H.