Plage de Tichy : Le prix de la saturation

La fin de l’été ne signifie pas la fin de l’extorsion des dernières économies du vacancier. Sur la plage de Tichy, bondée de monde après la fin de la pandémie, les loueurs de parasols sont à l’affût du moindre client qui pointe le bout du nez.

C’est en général un adolescent ou un gamin qui l’accoste, offrant ses services, c’est-à-dire lui désigner une place avec parasol, table et chaises. Il ne faut jamais hésiter à demander aussitôt le prix. Le rabatteur noie toujours le poisson dans l’eau en vantant la tranquillité et le côté familial de la concession pour laquelle il travaille, pour se donner le temps d’arriver sur les lieux avant d’asséner le tarif, visant au plus proche du maximum qu’il peut soutirer.
La face sympathique du gamin, illuminée d’un sourire très commerçant, cache un véritable petit requin des affaires. «Oncle, donne-moi huit cents dinars», lâche-t-il comme si c’était une faveur. Il n’y avait tout de même pas écrit «pigeon» sur son front pour accepter ce tarif. Les négociations sont aussitôt ouvertes. «Voyons, mon fils, je suis un habitué du coin et jamais on ne m’a demandé plus de 500 DA.» Mais le gamin ne s’avoue pas vaincu aussi vite. «Oncle, je vous jure, c’est un sacrifice, pour vous ce sera 600 DA !» Le gamin tentera jusqu’à la dernière seconde d’arracher un surplus de dinars, mais il n’eut pas d’autre choix que d’accepter d’appliquer le tarif habituel, car l’affluence n’était pas nombreuse ce jour-là. De nombreux estivants ont déjà repris le chemin du retour. Mais il n’y aura pas de répit pour ceux qui prolongent ou entament leurs vacances. «Nous sommes là jusqu’à ce que la pluie tombe», assène le gamin.
Les plus grands râleurs sont les résidents de la wilaya. Avec ces cohortes de touristes qui envahissent «leur» côte, ils ne peuvent plus profiter de «leurs» plages gratuitement, n’ayant ni le choix de leur destination ni celui de s’installer où bon leur semble sur la plage. Les Béjaouis, et certainement tous ceux qui vivent la même situation, croient évidemment être les seuls à supporter un tel calvaire. Erreur ! La «tourismophobie», barbarisme d’apparition récente mais de plus en plus en vogue, à mesure que cette pathologie s’étend en Europe et gagne villes et régions des pays à forte fréquentation touristique. Le point de saturation atteint, c’est une réaction de rejet de la part des élus et des citoyens qui s’est produite, s’exprimant à travers des campagnes non pas d’attraction mais de répulsion des touristes ! Toute proportion gardée, Tichy et tout le chapelet de petites villes balnéaires qui agrémentent le cordon côtier bougiote sont proches de cette limite. La circulation routière y est infernale, la cherté des produits et services pénalise les résidents, la pollution sonore et chimique est intense, l’hygiène est approximative, sans parler d’autres choses !
Tout cela n’empêche pas les touristes de prendre du bon temps dans la bulle qu’on leur a confectionnée. Et puis, que représentent de petites nuisances pour l’habitant face aux sommes colossales qui donnent aussi du tonus à l’économie locale qui est engourdie le reste de l’année ?
O. M.