Pomme de terre de primeur à Tipasa : Les raisons d’une régression

 La culture de la pomme de terre de primeur a sensiblement baissé dans la wilaya de Tipasa. Pour cette campagne, la surface qui lui est dédiée totalise à peine 100 ha, selon le secrétaire général de la Chambre d’agriculture de Tipasa, Choukri Benchabane.

 
Pour avoir une perception du rétrécissement des parcelles consacrées à la primeur, il faut savoir qu’en 2010, la surface plantée était de 847 ha, contre 700 ha l’année d’après et plus de 1.000 ha en 2012, qui a été une année exceptionnelle en termes de pluviométrie. En 2020, la surface plantée était à, titre indicatif, de 375 ha.
Pour Mohamed Titouche, exploitant agricole à Bou-Ismaïl, les conditions climatiques qui caractérisent le littoral, l’absence de gel en hiver notamment, permettent d’engranger quatre récoltes dans l’année. «Outre la plantation de saison, en mars et avril, l’arrière-saison à partir du mois de juillet et la primeur en novembre et décembre, on procède à la mise en place de l’extra-primeur en septembre», explique-t-il. Un potentiel qui grâce à la répartition des récoltes tout au long de l’année réduirait normalement les périodes de soudure (périodes sans production). Force donc est de se poser la question suivante : pourquoi en à peine une décade la parcelle dédiée à la primeur à Tipasa a drastiquement régressé, au moment où le tubercule est de plus en plus cher sur le marché? Il est évident que l’une des raisons majeures qui ont contraint les agriculteurs à être de moins en moins enclins à exploiter cette culture précoce est les changements climatiques, dont la conséquence première est le manque des précipitations et leur mauvaise répartition tout au long du processus de la maturation du tubercule, et ce, de sa plantation à la phase de son grossissement avant l’arrachage. Bon an, mal an, les moyennes mensuelles, qui correspondent aux mesures pluviométriques de la norme de Seltzert, prévoyant 90 mm mensuellement, ne sont pas systématiquement atteintes ou dépassées. En plus du déficit hydrique, l’ingénieur agronome Meziane Boukaraoun, consultant et membre du conseil d’administration de la Chambre d’agriculture de Tipasa, évoque les contraintes inhérentes aux facteurs de production. «Si nous faisons un état comparatif des coûts entre aujourd’hui et dix ans en arrière, nous nous rendrons vite compte que ceux-ci ont augmenté entre 40 et 50%, voire de 100% en ce qui concerne la main-d’œuvre», indique-t-il. Selon lui, l’inflation a touché tous les intrants et le prix de la semence. «Il ne faut jamais oublier que l’exploitant agricole est un chef d’entreprise dont la première mission est de fructifier son affaire, dès lors que ce sont les lois économiques qui décident des démarches à suivre», rappelle-t-il. Et d’ajouter : «L’agriculteur applique la règle du budget partiel. Avant le début de la campagne, il est tenu de faire une comparaison entre deux projets ou trois concernant l’efficience de la variété ou le produit à planter.» In fine, le producteur optera logiquement pour la culture la plus rentable et la moins coûteuse. Selon lui, les pouvoirs publics devraient trouver un mécanisme incitatif et des options de subvention pour encourager les agriculteurs à opter pour la culture des produits de large consommation et stratégiques pour la sécurité alimentaire, selon les spécificités et les potentialités de chaque zone agricole. Pour cette campagne, le secrétaire général de la Chambre d’agriculture de Tipasa est optimiste, compte tenu des précipitations qui se sont abattues durant ces dernières semaines et leur bonne répartition sur le domaine agricole de la wilaya. «Ces pluies salutaires qui annoncent un hiver exceptionnelle encouragent déjà les exploitants locaux à revoir leurs objectifs à la hausse», conclut-il.
Amirouche Lebbal