Pour fêter un siècle de chaâbi : La Casbah ressuscite son patrimoine

La Casbah d’Alger s’est ornée, samedi dernier, de ses plus beaux atours pour célébrer un art qui ne peut être dissocié d’elle. Le chaâbi, cette musique que chaque mur de la vielle cité fredonne et dont les plus grands maîtres ont hanté de leur vivant, et même après, ses ruelle sinueuses.

L’association Chabab Mawahib Wa Afaq a choisi cette date du 18 juin pour célébrer le centenaire du chaâbi. «Même s’il n’y a pas de date exacte, nous avons opté pour cette journée pour évoquer les grands maîtres et faire revivre l’ambiance d’antan», explique Nacera Doaugui, présidente de l’association. A cette occasion, un riche programme a été concocté et fait de La Casbah un grand théâtre où se sont côtoyés, l’espace d’une journée, artistes, artisans et amoureux du patrimoine. De la Basse-Casbah à Bab Jdid, chaque douera a ouvert ses portes pour accueillir une foule de visiteurs, venus découvrir le riche patrimoine que recèle la cité et dont les habitants ont jalousement su garder.
Pour une journée, les vieux métiers ont été ressuscités. Dinanderie, céramique, vannerie, autant de savoir-faire qui a fait la renommée et la gloire de bled Sidi Abderrahmane. Les arts ont également eu la part belle de cette manifestation. Plusieurs groupes ont improvisé des petits concerts à même la rue et les vieux refrains ont refait surface pour le bonheur des passants et des amoureux du chaâbi et de ses qaâdate. Des artistes peintres ont aussi accroché leurs œuvres aux murs des maisons, redonnant vie à un pan de l’histoire de la cité que le temps n’a pas épargnée et qui a disparu à jamais, malgré les multiples plans de sauvegarde et de restauration dont elle a bénéficié au fil du temps et des gouvernements.
L’emblématique hayek était également au rendez-vous avec un défilé à travers les rues de La Casbah, animé par une dizaine de femmes, accompagné de zorna, un autre genre musical cher aux habitants de la medina.
Le chaâbi, un art né à Alger
L’événement a également abrité une rencontre sur le chaâbi et ses origines, animée par Nouredine Saoudi (musicien et chercheur en histoire de la musique), Mohamed Tirsane (luthier et professeur de musique) et El Hadi El Anka (fils d’El Hadj M’hamed El Anka). C’est au palais Mustapha-Pacha, actuellement Musée national de la miniature et de l’enluminure, que s’est déroulée la rencontre. Pour Saoudi, «Alger est l’origine du chaâbi. Il y est né pour ensuite essaimer à travers les différentes régions du pays», soutient-il. «Né de la musique andalouse, le chaâbi s’est mis au diapason de la société et s’est essentiellement consacré à la profondeur du texte.» Evoquant El Anka, Saoudi affirme qu’«il a compris l’importance de la poésie et de sa transmission, et c’est pour cela qu’il a cherché dans les textes les plus élaborés et les plus significatifs».
Sur le plan orchestral, El Hadj, ajoute Saoudi, «a compris qu’il fallait une mise à jour et a introduit de nouveaux instruments et refaçonné l’orchestre chaâbi en y ajoutant le mandole et une percussion plus importante, tout en restant dans l’esprit de la nouba andalouse». Saoudi a aussi rendu un hommage appuyé à Mahboub Bati qui, dit-il, a révolutionné le chaâbi par ses créations musicales hors pair. D’autre part, il conteste l’existence d’un chaâbi au féminin qu’il qualifie de «variété». «Ce n’est point par sexisme, se défend Saoudi, mais le chaâbi est un art qui a ses règles et ses rites que la gent féminine ne peut incarner.»
Pour le fils d’El Anka, le chaâbi est un héritage qu’il faut prendre au sérieux. «La jeune génération doit se former sérieusement pour être la digne héritière des anciens», affirme El Hadi El Anka. «Il ne faut pas prendre les choses à la légère pour devenir un interprète de chaâbi. Il faut tout d’abord avoir une bonne et sérieuse formation.»
Hakim Metref