Pouvoir d’achat : Un salaire digne et juste

La question des salaires et donc du pouvoir d’achat se pose aujourd’hui avec acuité. La crise socio-économique induite par la pandémie du coronavirus, l’augmentation des prix, notamment ceux des produits de première nécessité, ont eu un effet dévastateur sur le pouvoir d’achat. Et c’est tout naturellement que les syndicats ont appelé à une revalorisation des salaires qui devrait, selon eux, suivre l’inflation. Toutefois, les pouvoirs publics redoutent ce cercle vicieux de l’inflation cette fois-ci portée par justement une hausse des salaires. Mais pour les économistes, des réformes économiques structurelles couplées à une revalorisation salariale serait la bonne recette.

L’État paie mieux que les entreprises privées, nous apprend l’Office national des statistiques en livrant les résultats de sa dernière enquête sur les salaires qui révèle également, et sans grande surprise, les disparités catégorielles et sectorielles, ainsi que la faible progression des rémunérations. Il faut aussi souligner que cette enquête annuelle ne prend en compte ni les fonctionnaires ni les travailleurs agricoles, ce qui n’est pas peu de chose pour relativiser toutes ces moyennes statistiques qui cachent déjà tant de détails dérangeants dès que sont tentées des extrapolations généralisantes. Tous les Algériens qui, chaque fin de mois, ont une tendre pensée pour leurs fiches de paie, n’ont pour souci premier que celui du pouvoir d’achat que leur revenu procure.
Combien d’Algériens sont contents de leurs salaires? Beaucoup jugeront certainement leur rémunération insatisfaisante au regard de leurs besoins et râleront sur l’inflation qui l’érode, alors que les ajustements n’arrivent que très tardivement. Ce qui nous amène à nous interroger sérieusement sur ce que rémunère le salaire dans notre pays. Sans trop faire de théorie, chacun aura compris qu’en Algérie le pouvoir d’achat s’élève toujours à hauteur du cours du baril de pétrole. Pas besoin de mobiliser une armée d’enquêteurs pour savoir que Sonatrach est l’entreprise qui paie le mieux ses employés. De toutes les façons, les sociétés privées ne font pas mieux, dans leur grande majorité, que téter le pis de la rente, à travers le biberon de la commande étatique ou par bénéfice d’un privilège de marché. Pour éviter que le pouvoir d’achat ne joue trop au yo-yo, il faudrait qu’il soit arrimé à la productivité du travail et à la performance des entreprises.
L’Algérie doit ainsi changer totalement de modèle économique et le citoyen réviser sa relation au travail. C’est le seul chemin viable, qui puisse garantir la stabilité au pays et la progression à un rythme satisfaisant du niveau de vie de la population. Facile à dire, pas aisé à faire. Chaque gouvernement qui prend fonction soutient qu’il mènera des réformes dans ce sens. Mais, dans tout processus de réformes, ni les résistances au changement ni les tentatives catégorielles de détournement de leur contenu ne sont rares ou inhabituelles. C’est l’une des raisons qui font qu’un tel processus doit s’accompagner d’une volonté politique. C’est le gage d’une garantie pour son acceptation sociale, la continuité de son implémentation et sa réussite finale.
Ouali Mouterfi