Premier séminaire maghrébin sur Abdelkrim El Khettabi : Le révolutionnaire honni par le Makhzen

Abdelkrim El Khettabi et les similitudes de son combat avec celui mené par l’Emir Abdelkader ont été au cœur des débats, ce samedi au siège de l’ENTV, à l’occasion de la première édition du séminaire maghrébin autour du parcours et de la lutte de ce révolutionnaire marocain.

Né l’année du décès de l’Emir Abdelkader, El Khettabi, connu sous le surnom de lion du Rif, partage avec le père fondateur de l’Etat algérien, bien des caractéristiques que se sont attelés à expliquer les docteurs Mustapha Sayeh, directeur de l’école supérieure des sciences politiques, Djamel Yahiaoui et Meziane Saïdi, chercheurs en histoire.
Erudit tout comme l’Emir, El Khettabi était journaliste-traducteur et homme de lettres. Unificateur des tribus berbères du rif, il a été le premier à fonder, contre le régime du Makhzen, une république populaire du Rif, basée sur les intérêts du peuple. Son combat ayant débuté au XXe siècle avait pour but de se libérer du joug des colonisateurs français et espagnol ayant mis le Maroc sous le régime du protectorat.
Le Makhzen, explique Sayeh, «a pu survivre grâce au protectorat étranger et à l’oppression de son peuple», ce qui fait que toute personne combattant l’occupation était un ennemi du Makhzen. Un extrait du film d’Assia Djebar, primé à Berlin, montrant la lutte d’El Khettabi au Rif a été diffusé à cette occasion. Ahmed Bedjaoui, directeur de production de la RTA en ce temps, a expliqué que la volonté derrière ce film de «l’écrivaine mais aussi historienne Assia Djebar» est de montrer que «le rêve était de construire un Maghreb arabe basé sur les peuples et sur l’opposition à la colonisation». Saïdi précise à ce propos qu’El Khettabi, dans sa vision unificatrice et libératrice, a repris la même lancée qu’un autre héros algérien. En effet, il explique que le rifain «s’est inspiré de l’Etoile nord-africaine de Messali El Hadj pour créer le comité de libération du Maghreb arabe».
Intervenant depuis la France, l’opposant marocain Abdellatif Zeraidi a souligné la légitimité populaire de cette icône de la révolution du Rif. Il explique que ce dernier «était appelé président de la République du Rif». Ce Rif dont les habitants «ont été réduits en esclavage» et qui connaissent à ce jour «de nombreux cas de cancer dus à l’utilisation d’armes chimiques par les colonisateurs». C’est ce qui a d’ailleurs mené El Khettabi à rendre les armes en 1926 tout en étant contraint à l’exil sur l’île de la Réunion durant 15 ans.
Une fois libéré, poursuit-il, «il s’est dirigé vers l’Egypte et n’a pas cessé ses activités à partir du Caire où il était perçu comme une icône de la révolution». Soulignant qu’il a eu droit à des funérailles présidentielles en 1963 en Egypte, il se désole néanmoins que «le royaume du Maroc refuse à ce jour le transfert de sa dépouille vers les terres de ses aïeux les martyrs.»
Yahiaoui conclut que la lutte du lion du Rif n’est pas terminée puisque les rifains «rêvent encore aujourd’hui d’une République marocaine populaire comme celle d’El Khettabi».
Sarra Chaoui