Près d’une décennie au théâtre de Sidi Bel Abbés : Les planches, ses premières amours

Même s’il raconte avoir fait de son mieux à la tête de ce théâtre régional, où il dit avoir travaillé la main dans la main avec les associations théâtrales qui ont toutes monté leur spectacle au sein de cette infrastructure qu’il a rallié enfin en 1995, alors que le pays était en proie au phénomène du terrorisme, dont la cible privilégiée était les artistes et les intellectuels.

«Pour ce poste, d’autres propositions m’avaient été faites auparavant. Mais je n’ai accepté qu’à cette période-là, arguant que je ne pouvais me soustraire à cette mission de tenir allumés les lamions d’un théâtre voué à la disparition, par ricoche de cette réduction de toute action culturelle dans le pays. C’était sous le mandat de Slimane Cheikh, alors ministre de la Culture. J’ai accepté sa proposition et suis allé entretenir les planches d’une présence effective. Cela m’a réconcilié avec le métier même si cette mission était loin d’être de tout repos. Vigilance, production, responsabilité, fonctionnariat sans rapport avec le métier de metteur en scène que j’aurai pu exercer, le problème d’insécurité et un salaire de misère, sans compter l’insignifiante allocation de 50 millions de centimes pour toute la durée de ces 9 années… J’ai tenu le coup sans jamais rechigner», raconte sur un ton mi-figue mi-raisin le comédien. Car, ce n’est pas tant ce passage qu’il dit avoir été intéressant et instructif, puisque Benaïssa parle encore et toujours de formation des deux côtés du théâtre mais de ce volte-face auquel il a été confronté sans crier gare. Puisqu’il est signifié à l’artiste sa fin de mission «à quatre mois de la retraite alors que je n’en soupçonnais rien, d’autant que cela avait été précédé d’un grand hommage en mon honneur organisé au palais de la culture d’Alger en grandes pompes. Je ressasse peut-être mais cette ingratitude, ce manque flagrant de reconnaissance, ne peut que toucher et marquer la sensibilité. La mienne en a pris un coup».
«Cet hommage  est intervenu le 8 septembre 2003, et le 14 du même mois je suis dégommé, sans l’art et la manière. Par la suite, j’ai eu à le découvrir : cette mise à l’écart datait par écrit déjà de août. C’est vous dire ! Comment peut-on solliciter quelqu’un en bonne et due forme pour le congédier sans aucune explication ou même y mettre la forme. J’ai alors été sans salaire pendant une année. Heureusement que l’acteur qui est en moi a été sollicité, cela m’a permis de survivre.» Et de préciser que «c’est bien la première fois qu’un théâtre est poursuivi en justice, sous le motif de l’absence de cotisations à la Cnas, alors que durant les 9 ans, aucun des membres du personnel n’a eu à souffrir d’un retard dans la perception de son salaire, qui était encaissé régulièrement à la même date. Aujourd’hui, je revendique mon salaire et selon ce que j’ai peu recueillir auprès de personnes averties et compétentes, je suis dans mon droit de réclamer mon dû ouvert sur trente ans. Et ce n’est pas à moi de répondre de ces cotisations mais au théâtre qui est, lui, redevable, fonctionnant en tant qu’Epic et que j’avais un échéancier pour régler cette dette».
De cette expérience, Benaïssa en sort grandi. «Même si la blessure est bien là et demeure sur le plan moral, il y a quelque part une atteinte à ma personne. D’autant que lorsque j’occupais ce poste, il m’était loisible de travailler en tant que metteur en scène, de gagner de l’argent avec ce même théâtre dont j’avais en main les destinées. Je ne l’ai pas fait alors que le cumul est permis. Et alors que des propositions ont émané d’ailleurs, comme celle qui m’a été lancée de manière persistante de Sétif et que j’ai déclinée. J’ai préféré faire travailler les associations, d’où ce montage pendant les neuf années du théâtre El Moumtaz qui a permis de produire des pièces.»
S. A.