Prévention et lutte contre les feux de forêts : Nouvelle stratégie

La Commission nationale de la protection des forêts a été installée, ce mardi à Alger, par le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Mohamed Abdelhafid Henni, afin de prévenir les risques de déclenchement d’incendies de forêts. La cérémonie d’installation a eu lieu en présence du directeur général des forêts, de représentants de la Protection civile, de la Sûreté nationale et de la gendarmerie.

La  commission disposera de moyens humains et logistiques de lutte prévus par le dispositif d’intervention mis en place chaque année à l’approche de l’été. La commission interviendra dès le départ d’un incendie de forêt et mobilisera des équipes et  moyens qu’elle jugera nécessaires pour maîtriser le feu avant sa propagation. Dans cette optique, le ministre a annoncé la mise en œuvre de  la nouvelle stratégie de prévention et de lutte contre les feux de forêts durant l’année en cours, reposant sur le principe  d’amélioration du dispositif opérationnel.  Cette stratégie adoptée en août 2021 comprend trois axes liés à l’amélioration de l’identification du danger des feux de forêt, la réduction de leur nombre et l’augmentation de l’efficacité de l’intervention initiale.
Parmi les mesures de prévention mises en place en prévision de l’été, Henni a rappelé le plan d’information et de communication reposant sur la sensibilisation et l’association de toutes les parties prenantes du secteur, notamment les habitants des zones à proximité des  forêts. Il a évoqué aussi la mise en place d’un dispositif opérationnel, composé de 401 tours de contrôle, de 513 colonnes mobiles et de 63 camions-citernes pour l’approvisionnement en eau à travers 3.261 points d’eau et 1.019 ateliers avec 9.481 agents mobilisés en cas d’extrême  urgence.
Le ministre a souligné que le gouvernement a renforcé l’ensemble des ressources humaines et matérielles et a fourni tous les outils de l’intervention opérationnelle qui ont permis au secteur d’acquérir des  moyens de prévention et d’intervention supplémentaires.
Selon un document de la direction générale des forêts (DGF), l’on compte, en 2021, 15camions-citernes et 80 camions légers pour la lutte contre les feux de forêts mais leur nombre est passé à 240 camions et celui des colonnes mobiles a atteint 30. Le ministre s’est attardé sur la nécessité pour la commission de s’acquitter pleinement, en coordination avec les commissions de wilaya présidées par les walis, de son rôle de lutte contre le déclenchement des feux et de prévention conformément à ses  prérogatives en impliquant les citoyens pour l’alerte précoce et l’intervention au niveau des  foyers de feux en  mobilisant  les comités de quartiers situés à proximité des  forêts.
Outre le renforcement de  la coordination avec l’Agence nationale de la météorologie, le ministre a plaidé pour «une étroite collaboration avec l’Agence spatiale algérienne (Asal) pour exploiter et traiter les images capturées par le satellite et utiliser les nouvelles technologies afin d’évaluer avec précision les feux de forêts». Le ministre a, enfin, insisté sur la sensibilisation des agriculteurs et de tous les exploitants des richesses forestières à la nécessité de sécuriser leurs investissements et leurs produits pour réduire les charges de l’Etat en cas d’éventuels incidents majeurs.
S’agissant de la réhabilitation du couvert forestier, le secteur a mis à la disposition des agriculteurs environ 20 millions d’arbres, dont 11 millions ont été plantés, depuis le 25 octobre 2021.
Samira Sidhoum

 

Omar Bessaoud, expert en économie agricole : « Nous manquons de moyens mobiles de prévention »
Les incendies constituent un risque majeur pour l’Algérie. L’été 2021n’est pas près d’être oublié, car le nombre de victimes a été très élevé dans de nombreuses wilayas. A-t-on, depuis, tiré toutes les leçons ? La nature a certes repris ses droits, mais les traces des incendies sont toujours là, interpellant chacun pour tirer des enseignements et éviter que pareille tragédie ne se reproduise.
Interrogé sur cette question, l’expert en agroéconomie et professeur associé au Ciheam-Montpellier Omar Bessaoud confie que «selon le dernier rapport de la Banque mondiale, plus de 99% des zones boisées d’Algérie sont confrontées à un risque d’incendie moyen ou élevé». «L’institution signale que le nombre de départs de feu augmente depuis 2010et la période de surveillance et de mobilisation des services de lutte contre les incendies de forêt a été allongée depuis les incendies de 2016 et 2020», ajoute-t-il, rappelant que l’incendie qui détruit en moyenne 25.000 ha par an s’explique par la survenue d’étés de plus en plus secs et chauds.
Les méga-feux de l’été 2021 résultaient, de ce fait, des conditions naturelles particulières. «La température avait alors atteint des pics de 50°C et les réserves d’eau emmagasinées par le sol s’étaient trouvées à leur plus bas niveau, révélant l’ampleur du changement climatique dans notre région», explique notre interlocuteur. Abordant la stratégie de lutte, Bessaoud estime que «les moyens mobiles affectés aux brigades de forestiers (camions-citernes), postes de vigie, pistes d’accès, points d’eau, aménagement de pare-feu sont en dessous des normes standards». «C’est un sérieux handicap», assène-t-il. «Je ne parle pas de l’absence de matériel de télédétection pour récolter des données pour alimenter les modèles climatiques, ou de stations météo fournissant des données quotidiennes précises sur les endroits à risque potentiel de départs de feu», précise-t-il.
Le débat reste ouvert, renchérit-il, «sur la nécessité de perfectionner l’action publique, de mieux coordonner les institutions en charge des plans de prévention de lutte contre les incendies ; en particulier dans les régions les plus sensibles (Kabylie, l’est du pays…)». Il recommande également de renforcer en personnel et en matériel les forestiers et les pompiers, prendre avec plus de sérieux les plans d’adaptation au changement climatique, région par région et localité par localité, gérer les connaissances des anciens sur les incendies, prendre en compte les produits de la recherche forestière et associer associations et communautés villageoises faisant partie de l’écosystème forestier.
L’expert souligne enfin qu’il faut impliquer les jeunes dans la prévention. Pour lui, «il y aun formidable gisement d’emplois à explorer au profit des jeunes ruraux qui peuvent prêter main-forte aux forestiers dans la prévention des incendies et contribuer à la protection de ressources vitales, pour le développement de nos territoires ruraux».
Wassila Ould Hamouda