Produits agroalimentaires : Encore loin des normes internationales

Si l’Algérie se rapproche de plus en plus de la sécurité alimentaire en termes de quantité, elle en est encore loin pour ce qui est de la qualité. C’est, du moins, l’avis de l’expert en sciences de l’alimentation et des industries agroalimentaires, Chouaib Djabali.

Dans les secteurs agroalimentaire et agricole, selon lui, seuls les producteurs qui exportent leurs produits font l’effort de respecter les normes internationales. «Plus de 90% des opérateurs spécialisés dans la transformation des dattes, par exemple, répondent aux normes internationales de qualité, car ils sont exportateurs», indique-t-il. Quant au marché local, il n’est exigé des producteurs que de se soumettre aux normes nationales. «Comme le consommateur n’est pas exigeant en matière de qualité, la plupart des industriels se contentent des normes nationales. Les pouvoirs publics n’exigent pas de nos producteurs de se soumettre aux normes internationales», rapporte-t-il. Comme nos normes ne sont pas suffisantes, le contenu de nos assiettes peut représenter des risques sur la santé. D’autant plus que, dans notre pays, signale l’expert, les études de vulnérabilité ne sont pas effectuées. «Il s’agit d’analyses microbiologiques et physico-chimiques des aliments et leur impact sur les populations les plus sensibles. Nous n’avons pas de normes fixant les limites de la consommation. L’Organisation mondiale de la santé effectue régulièrement ce type d’études pour fixer l’âge, par exemple, des enfants autorisés à manger des chips», explique-t-il. D’une façon générale, poursuit-il, il y a deux cas de figure où la problématique de la qualité se pose : des produits sont dosés en produits chimiques, cancérigènes notamment, comme les conservateurs, ou bien, ils font l’objet d’un surdosage en ces matières, provoquant ainsi une toxicité aiguë.
Surdosage en matières chimiques
«Dans les deux cas, cela représente un danger sur la santé. Comme les études de vulnérabilité ne sont pas effectuées, beaucoup d’industriels ne prennent pas ces facteurs en considération ni d’ailleurs les bonnes pratiques d’hygiène dans toute la chaîne de production, de la réception des matières premières à la distribution des produits finis», constate-t-il. D’où l’importance du contrôle des aliments pour garantir une alimentation saine, nutritive, à travers notamment le codex alimentarius. Une norme qui protège la santé des consommateurs, quand il s’agit surtout de toxines, de métaux lourds et de résidus pesticides, à l’origine de maladies graves. En matière de réglementation, outre plusieurs décrets et arrêtés interministériels en faveur de la protection de la santé des consommateurs, il indique, qu’à partir de cette année, la mise en place du HACCP (plan de prévention qui permet de prévenir les dangers et d’identifier les points critiques à contrôler) est obligatoire dans l’ensemble des entreprises agroalimentaires. «Toute entreprise activant dans la transformation agroalimentaire et dans l’emballage est appelée à se soumettre à ce plan sous peine d’encourir des sanctions», note l’expert, signalant que la réglementation en matière de qualité existe, mais que son application pose problème. Les inspecteurs, soutient-il, sont appelés à être formés sur les dernières techniques de recherche et doivent maîtriser les usages et les systèmes d’analyse des risques-points critiques dans le HACCP, afin d’améliorer les mesures existantes de contrôle et d’imposer une meilleure qualité des process industriels dans l’agroalimentaire.
Un contrôle à renforcer
Comme l’Etat n’a pas les moyens d’effectuer des contrôles dans l’ensemble des entreprises, constate Djabali, les mauvaises pratiques en matière d’hygiène subsistent. Les laboratoires de qualité privés et publics existent également, dit-il, mais ne peuvent pas effectuer des analyses sur les produits alimentaires d’une façon régulière. «Pour que cela change, les consommateurs doivent s’impliquer, devenir plus exigeants en matière de qualité, pour inciter les producteurs à respecter les bonnes pratiques d’hygiène et à s’intégrer davantage dans la qualité. Nous avons besoin d’intensifier les campagnes de sensibilisation autour de la qualité pour implanter la culture safetyfood, et de la sécurité alimentaire dans les mentalités, du côté des industriels, comme des consommateurs», conclut-il.
Farida Belkhiri