Produits pharmaceutiques : Un remède à l’exportation

Le tissu industriel pharmaceutique a pris de l’étoffe depuis que la machine s’est ébranlée voici une trentaine d’années. Même si les prémices de son développement ont été perceptibles, avec cette première usine implantée à Médéa, entrée en production en 1986, aux tout débuts de Saïdal. Aujourd’hui, le temps a donné raison à cette endurance de faire dans le label algérien même si en cours de route cela n’a pas été de tout repos. Même plus. Sont-ce ces pénuries en médicaments, ces crises financières et ces hésitations à investir un marché que l’on croyait n’être que du ressort des autres… qui ont fait que le développement de ce secteur, qui nous coûte fortement en devises, a été longtemps à la traîne ? Peu importe aujourd’hui ces entraves, qu’elles soient humaines ou matérielles ou même bureaucratiques, un fait est là : l’Algérie a fait non seulement un bond quantitatif mais il est aussi qualitatif. Surtout. Car désormais le pays produit non seulement ses médicaments, les anti-cancéreux aussi, ses vaccins, le Covid en a été l’impulseur, mais les exporte aussi. Le remède qui vient à point nommé pour économiser de l’argent, en en engranger via la première porte à l’international : l’Afrique pour commencer. La foire de Dakar en est un bel exemple. Ce sont pas moins de 70 laboratoires qui y  ont  pris part dont 7 ont paraphé avec le Sénégal pour lui vendre le label algérien.

 

L’industrie pharmaceutique constitue désormais un secteur porteur à fort potentiel pour l’exportation. Après avoir réussi, en à peine une décennie, le pari de répondre grandement à la demande locale en médicaments et autres produits pharmaceutiques, le défi est aujourd’hui d’aller à la conquête des marchés étrangers, notamment africain.
Une ambition clairement affichée lors de la 1re édition du salon de l’industrie pharmaceutique algérienne «El Djazair Healthcare», qui s’est tenue du 17 au 19 mai à Dakar (Sénégal). En 2021, en effet, trois médicaments sur quatre étaient produits localement, avec un taux d’intégration qui a atteint les 62%. Au cours de cette même année de référence, l’industrie pharmaceutique nationale couvrait 66% des besoins en valeur et 75% en volume, et ce grâce aux «mesures encourageant le développement industriel se substituant à l’importation», avait déclaré récemment le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Abderrahmane Djamel Lotfi Benbahmed, dans un entretien publié par le magazine panafricain «Les champions économiques».
Selon les données du ministère, en 2021, la production nationale de médicaments a dépassé le montant de 2,5 milliards d’euros, grâce à l’entrée en service de près de 60 nouvelles lignes de production. En valeur, ceci représente une augmentation de l’ordre de 50 %. L’impact sur la facture d’importation du médicament est jugé considérable, se traduisant par une économie de 800 millions de dollars.
S’agissant du volet exportation des médicaments et des produits pharmaceutiques, il devrait afficher un montant de plus de 50 millions d’euros au cours de l’année en 2022. «(…) Nous avons eu des promesses pour 50 millions d’euros d’exportation pour 2022. J’espère que nous irons plus loin», avait indiqué, récemment, le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Abderrahmane Djamel Lotfi Benbahmed. Le secteur, dont le taux d’intégration cette année devra atteindre ou dépasser les 70%, «ambitionne d’atteindre un volume de 200 millions de dollars à l’horizon 2024» en matière d’exportation des services dans le domaine pharmaceutique.
Un objectif qui ne sera, toutefois, pas aisé à réaliser car l’exportation du médicament, comme l’a souligné le ministre, est une «affaire assez complexe» qui nécessite un «travail de fond» déjà entamé, notamment par la mise en place d’un dispositif réglementaire d’accompagnement des opérateurs algériens. Il s’agit, en fait, d’un nouveau décret exécutif, actuellement en projet, qui devra hisser la qualité des médicaments fabriqués en Algérie aux standards internationaux, facilitant ainsi leur homologation par les organismes spécialisés à travers le monde, ainsi que leur exportation, en instaurant l’application dite des Bonnes pratiques de fabrication (BPF). Ce texte, qui imposera aux producteurs algériens de médicaments de se conformer aux normes algériennes inspirées des dernières BPF en vigueur à travers le monde, sera rattaché à un guide de plus de 275 pages qui sera validé en Conseil des ministres. Cette mutation de l’industrie pharmaceutique algérienne a été fortement saluée par le président de la Fédération internationale pharmaceutique (FIP) pour l’Afrique, Prosper Hiag, en marge du salon «El Djazaïr Healthcare», tenu à Dakar. Le président de la FIP a ainsi encouragé l’Algérie à «poursuivre ses efforts pour l’organisation d’expositions analogues dans d’autres pays africains après l’édition  sénégalaise».
Yahia Benaïssa