Promenade Ibn-Badis (ex-Létang):Premier jardin public

JADIS, au XIXe siècle, le concept de jardin public était inexistant dans les traditions algériennes. Partout, sur le territoire national, il n’y avait que des jardins privés.  En Europe, en revanche, les jardins publics étaient en vogue à cette époque-là.

Quand la France coloniale prend possession du pays, l’un des premiers projets de loisirs lancés en l’honneur des colons, est l’aménagement de jardins publics. Le Jardin d’essai sera le premier à voir le jour, à Alger, en 1832, suivi de la Promenade de Létang, à Oran, en 1836, connu aujourd’hui sous le nom de la Promenade d’Ibn-Badis. C’est le premier jardin public créé à Oran, sur ordre du général De Létang, d’où le nom de ce jardin Promenade de Létang. Situé dans le quartier de Sidi El Houari, il est accolé à la muraille du fort espagnol Rozalcasar donnant sur le port d’Oran.
On peut y accéder par Sidi El Houari ou par le Front-de-mer. Du côté de Sidi El Houari, il est en contrebas de la place de la République, où trône le kiosque à musique. D’ailleurs, d’après Kouider Metaïr, président de l’association Bel Horizon spécialisée dans le patrimoine, ce kiosque à musique est une partie intégrante de ce jardin ainsi qu’un monument dédié aux marins. D’une longueur de 2 km, sous forme d’une bande végétale, le jardin abrite des arbres et des espèces très rares, tels que l’aloès, les agaves, les dragonniers, les palmiers phœnix et le ficus. «Il comporte un système d’irrigation très ingénieux qui permet la répartition des eaux de pluie sur l’ensemble des plantes et des arbres. L’on compte, dans ce jardin, une centaine de plantes et d’arbres rares, le dragonnier notamment, dont le nombre ne dépasse pas la dizaine dans toute la wilaya d’Oran», explique le président de l’association Bel Horizon. Bien qu’il soit un jardin public, il est très peu visité. Isolé, voire enclavé, il attire très peu de monde. Il ne manque pas d’attraits pourtant. Ses allées spacieuses et ombragées sont propices aux promenades.
Elles sont à l’abri du soleil grâce aux grands arbres dont les grosses branches les couvrent généreusement. Ceux qui sont en quête d’ombre trouvent leur compte. Juste à l’entrée, de grandes terrasses donnent sur la mer. Elles donnent aussi sur le Front-de-mer. D’ici, on peut le voir en entier pratiquement. D’ailleurs, c’est d’ici que les photographes et les cameramans professionnels prennent les photos et les images panoramiques du Front-de-mer. De la fraîcheur, rien que de la fraîcheur ! Quelques jeunes sont installés sur la terrasse, papotant gaiement tout en profitant de la vue. À l’écart, des SDF en font de même.
Les familles n’osent pas venir ici. L’endroit, qui semble à l’abandon, n’est pas sûr, selon les habitués des lieux. D’après le président de Bel Horizon, ce lieu fait actuellement l’objet d’une étude pour en faire un jardin méditerranéen, avec vue sur mer.
Farida Belkhiri