Propos d’un responsable de personnel : «L’absence prend de nombreuses formes»

Difficile de quantifier, avec exactitude, l’ampleur de l’absentéisme au travail durant le mois de Ramadhan, tant les formes du phénomène peuvent être diverses et pas toujours comptabilisées.

Dans son ouvrage «Ramadhan et politique» paru en 2000, aux éditions CNRS, l’auteur, Akram B. Ellyas écrit au chapitre 8 intitulé «Le Ramadan en Algérie» (P.139-145) : «Arrivée tardive sur les lieux de travail, fatigue, nécessité d’aller au ravitaillement pour préparer le repas du soir (et donc absentéisme fréquent) sont autant de facteurs négatifs qui pénalisent des organisations où l’efficacité est déjà peu répandue.»
Un constat partagé par Abdelwahab, cadre au service personnel d’une entreprise publique. Pour notre interlocuteur, l’absentéisme est un phénomène qui a tendance à prendre de l’ampleur durant le mois de Ramadhan. Les causes, a-t-il ajouté, sont également connues : fatigue, perturbation du cycle du sommeil et même parfois pour cause de maladies liées principalement au changement de régime alimentaire.
Pour ce qui est de l’ampleur exacte de ce phénomène d’absentéisme dans les milieux professionnels, Abdelwahab confirme la difficulté de disposer de statistiques fiables sur le sujet. La raison première de cette difficulté, a-t-il précisé, c’est que le phénomène est largement toléré précisément en cette période, particulièrement dans le secteur public. Cela peut être facilement vérifié, a-t-il soutenu, notamment dans les administrations de service public où l’on peut constater de visu la détérioration de la qualité des prestations ou carrément l’absence pure et simple de certains départements à différentes tranches horaires de la journée. L’arrivée de certains employés avec une heure, deux heures, ou même plus, de retard, a-t-il ajouté, est aussi une forme d’absentéisme qui n’est pas toujours considérée comme telle, au même titre que les employés de la gent féminine, notamment, qui souvent quittent leurs postes de travail avant l’heure légale sous prétexte qu’elles ont des tâches ménagères à accomplir (préparation du f’tour.)
Pour ce responsable du service personnel, ces formes d’absentéisme ne sont ni des cas isolés ni propres aux seules administrations des services publics. Il souligne, à ce propos, qu’il n’est pas rare d’avoir des cas d’absentéisme même lorsque les employés sont bien présents sur leurs lieux de travail. «Quitter ce dernier pour aller faire ses achats puis y revenir est également une forme d’absentéisme qui n’est pas comptabilisée», rappelle-t-il.
Ceci sans parler des employés, notamment les responsables, qui se permettent de faire carrément la sieste dans leurs bureaux en demandant à leurs subalternes à ce que personne ne les dérange, souligne-t-il.
Yahia Benaïssa