«Qaâda» littéraire et artistique à Dar Abdellatif : L’expression artistique dans tous ses états

Dar Abdellatif a été, samedi dernier, le théâtre d’une agora qui a rassemblé poésie, musique et art photographique. Organisée par Nadia Bourahla, la rencontre a réuni la poétesse Inès Hayouni, l’écrivaine Malika Chitour Douadi, le photographe Ibrahim Kellou et la formation musicale «Al Almas», dirigée par la pianiste Radia Alma.

C’est avec beaucoup d’émotion qu’a débuté le récital poétique, avec l’évocation de la romancière et poétesse Amina Mekahli, disparue le 8 mai dernier. Malika Chitour Douadi a invité l’assistance à une lecture à plusieurs voix du poème «Je suis de vous» d’Amina Mekahli, qui lui a valu le Prix international de poésie Léopold-Sédar-Senghor en 2017. Le groupe «Al Almas» a agrémenté le récital par l’interprétation de la chanson «Rah El Ghali Rah». Malika Chitour a enchaîné avec la présentation de son roman «La Kafrado. Un nouveau départ». Une histoire qui raconte le périple de deux femmes qui vont au bout d’elles-mêmes. Elles fuient la Sicile pour l’Algérie, au début du XIXe siècle, pour un nouveau départ dans la vie.
C’est à Annaba (Bône) qu’elles s’établissent pour découvrir un pays riche en culture, en personnes exceptionnelles, avec lesquelles elles tissent des liens et des amitiés et recréent leur nouvelle famille. Pour l’occasion, Chitour annonce un nouveau volet de son roman qu’elle intitule «La Kafrado. Sang mêlé, terre mosaïque», où, explique l’auteur, «il s’agit d’un éternel dépassement de soi et du combat de tous les jours».
Accompagnée par les notes d’un oud, magnifiquement manipulé par le jeune Ouassim, Chitour se lance ensuite dans une lecture de poèmes de son cru qu’elle entame par des vers qu’elle dit inspirés de l’œuvre de Sénac. Un poème intitulé «Je t’ai trouvé», dans lequel elle raconte son Algérie, en empruntant quelques mots à Sénac pour raconter «le désert, les champs de blé, La Casbah, le vent qui chante les légendes et dans les vagues de la Méditerranée». Toujours racontant l’Algérie, elle s’inspire d’un clip de Dj Snake et donne la parole au personnage du clip qui devient dans le poème «un oiseau». «Pas un aigle, pas un albatros. Juste un meknine de chez moi. Qui trace sa route sur sa mobylette qui devient une Harley sur la route 66.» «Ana Kahwi nebki lemima, nehrag aala lahbiba», «Ya laâziza kwitini, bessah nebghik même m’lebiid», dit le poème.
Elle passe le relais à la jeune Inès Hayouni pour déclamer à son tour des vers puisés de son recueil «Métamorphose». Une poésie de douleurs et de tristesse, mais aussi de lueurs d’espoir. Un recueil qu’elle dédie à son défunt père Abdelkrim Hayouni. «Déni» est le titre du premier poème qu’elle lit et dans lequel elle s’adresse à son père et lui dit tout le mal qu’elle endure en raison de son absence. Le déni de la réalité est «désillusion ou déni», dira la poétesse, «en consolant son innocence meurtrie, pour accomplir sa destinée à laquelle elle ne croit plus». Chitour reprend la parole pour dire «le carrousel de l’existence» et «ouvrir les fenêtres qui donnent sur un cœur qui bat». Et à Inès de raconter la femme, «victime historique d’injustices perpétuelles», «créatrice de vie et symbole de sécurité». Au rythme des lamentations du oud, Chitour évoque «une histoire de fleurs de vent, de papillons et de notes» et «une musique de vent faisant danser branches et feuilles, doutes et certitudes mélangée étouffant joies et légèreté».
Dans cette ambiance lyrique où s’entremêlent notes de musique et vers poétiques, un jeune photographe offre une autre poésie à travers l’objectif de son appareil. Ibrahim Kellou, jeune ingénieur électronicien de 24 ans, expose une dizaine de photographies à travers lesquelles il invite au voyage. Un voyage au gré de ses pérégrinations dans une Algérie peu connue. Des instants de beauté figés par l’artiste, des endroits féériques qu’il dévoile dans ses clichés et qu’il offre comme une fenêtre qui s’ouvre sur son monde de couleurs et d’émotions.
 Hakim Mertef