Quand les esprits s’échauffent

En l’absence de statistiques comparatives d’un mois de Ramadhan à l’autre, il serait pour le moins arbitraire de faire dans l’alarmisme, autrement dit de relayer la rumeur en donnant du crédit aux ragots d’untel ou des «on dit que…» et partant trop souvent surdimensionner l’influence du jeûne sur le comportement de nos concitoyens.

Toutefois, cela ne diminuerait en rien cette vérité vraie que toute personne quittant son domicile pour rejoindre son lieu de travail, d’études le fasse avec une intacte lucidité. Elle n’en dédouanerait pas moins non plus ceux enclins à édulcorer cette réalité au motif de circonstances atténuantes pour les justifier par la modification brutale d’habitudes naturelles dont celles alimentaires, du manque de sommeil et sa conséquence directe sur un défaut de vigilance qui mettrait en péril tout équilibre physique, psychique et psychologique. Il serait tout aussi essentiel de rappeler l’importance de la volonté, qualité humaine première à même de transcender tout individu. Or, de ces principes, aucun ne semble imprégner une influence sur nos concitoyens et leur mode de consommation passé au stade d’une surconsommation de laquelle ne peut être allègrement évacuée une exposition amplifiée aux intoxications.
Et pourrait-il d’ailleurs en être autrement compte tenu de la nature douteuse des produits inondant un marché en folie sur lequel plus personne n’a d’emprise. Et, malheureusement, aux intoxications, il faudrait également ajouter les risques encourus par les malades chroniques et l’irrespect volontaire ou non du traitement qui leur est prescrit. Quant aux accidents de la circulation, c’est évidemment ce qu’il y a de plus dangereux dans la mesure où s’ils ne conduisent pas dans un état second, les propriétaires de véhicules et/ou leurs passagers constituent malheureusement les potentielles victimes. Paradoxalement et comme presque avec l’inévitable propension de l’être humain à vouloir braver l’interdit, le recours jusqu’à «embouteillage» des campagnes de sensibilisation, tous médias confondus, n’aide finalement qu’à obtenir un résultat mitigé inversement proportionnel aux tragédies induites. Les accidents se multipliant, en plus d’être plus dramatiques et arithmétiquement plus importants et pour cause certainement «l’état second» précédemment évoqué dont la cause est connue : manque de sommeil, fatigue, d’où l’absence d’un minimum de vigilance à même d’annihiler toute réaction, réflexe et pensée rationnelle…
Enfin, il y a cette violence physique qui part d’un rien, autrement dit d’un regard, d’un geste, en somme d’attitudes habituelles des plus anodines qui pourtant deviennent le moteur déclenchant d’une soudaine prise de bec, une violence verbale, un coup, puis des coups pour finir en casus belli. C’est ce qui est le plus courant en raison de la proximité des uns et des autres dans les moyens de transports collectifs, au marché, à hauteur des guichets, à la suite d’une altercation entre enfants du quartier. Inconcevable pour un mois durant lequel tout individu est appelé à purifier son esprit et son corps.
Abdelhamid Lemili