Quatrième jour du bac : Espoirs et calculs de candidats

L’entrée Au portail du lycée Abane-Ramdane de Tizi Ouzou, à huit heures, grouillait déjà de monde. Des candidats se mêlaient aux parents car beaucoup parmi ses derniers tiennent à accompagner leurs enfants.

La plupart s’en vont pour revenir vers midi mais quelques femmes préfèrent rester sur les lieux. Elles semblent être au courant du moindre fait lié au bac, notamment la triche. Selon l’une d’elles, des policiers ont pénétré dans l’école mais ils sont vite ressortis. «C’est sûrement pour changer les sujets à la dernière minute», dit l’une d’elles évoquant des cas de fraude à Chlef et Khenchela. Elles n’ont rien des parents d’avant qui, discrets et en retrait pour la majorité d’entre eux, se contentaient de souhaiter bonne chance et prier Dieu que le fils ou la fille réussisse. Avec les télévisions, les réseaux sociaux, rien n’échappe à deux femmes au foyer qui discutent avec une jeune fille venue accompagner sa sœur. Ce matin, les candidats toutes filières confondues vont plancher sur l’épreuve d’histoire-géo. La fille qui a obtenu son bac, il y a déjà trois ans, fait la moue. «Ce sont des matières qui ne servent à rien. Le candidat doit se concentrer sur ce qui est important pour lui», assène-t-elle. « Le bac reste important mais cela me chagrine de savoir que beaucoup de nos jeunes s’en iront», soupire un père. Le problème des matières est vieux. En 1986 déjà, des élèves sont sortis dans la rue pour protester contre une mesure visant à introduire l’histoire. On peut estimer qu’il ne sert à rien d’être docteur en physique si on ne connaît rien du parcours de Ferhat Abbas ni un prosateur de génie si on ne sait pas résoudre une équation. Il s’agit, dira-t-on, de diplômés hémiplégiques mais les jeunes, pour la plupart, courant derrière un diplôme, sont peu réceptifs à ce genre d’arguments. Ils font des calculs pour s’assurer une bonne moyenne.
Nadjwa suit ses études au lycée de mathématiques de Kouba. Elle accorde de l’importance aux maths mais ne néglige pas pour autant l’histoire. «Je suis en classe de maths et la matière a un coefficient 7, beaucoup plus que l’histoire-géo dotée d’un coefficient 2», explique la candidate avant de s’empresser d’ajouter que «le sujet sur les Etats-Unis et le pétrole l’intéresse car très lié à ce que nous
vivons». Elle ne lit pas trop de livres ou de journaux mais sur son portable elle suit, dit-elle, «les grandes lignes de l’actualité». Elle sait que les temps sont durs mais son espoir d’aller loin même si, ironise-t-elle, «ma mère, qui a obtenu un bac maths et dont les études ne lui ont pas beaucoup servi, travaille dans un tribunal pour un petit salaire».
Devant le lycée, quelques filles s’attardent même s’il est presque une heure. Un peu pour décompresser, elles rigolent mais une autre les charrie. «Moi, j’ai terminé, aujourd’hui c’était le dernier jour», lance-t-elle à leur intention. Les candidats de lettres et philosophie ont quatre jours. A l’en croire, elle a une chance de décrocher le bac car «en dehors de la philosophie et un peu les maths, tout était à sa portée». Elle a mal travaillé en maths mais cette matière n’étant pas dotée d’un coefficient élevé elle reste optimiste. Dans sa filière, c’est surtout les épreuves de philo et d’arabe qui comptent avant de faire dans des calculs. Elle n’est pas la seule.
H. Rachid