Question sahraouie : «L’Espagne joue sa mauvaise carte», soulignent des experts    

Le changement de la position du chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, sur la question sahraouie, a surpris plus d’un. Les premiers responsables qui ont dénoncé ce revirement brutal de l’Espagne sont des membres de son staff.

«Depuis des décennies et même du temps des gouvernements de droite espagnole, la position de l’Espagne a été claire. L’ancienne puissance coloniale plaidait pour le règlement du dossier sahraoui selon les résolutions de l’ONU et en application du droit international. Elle a également soutenu le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui à travers l’organisation d’un référendum», a estimé Ismail Débeche, enseignant à la faculté des sciences politiques et les relations internationales (Alger 3), lors d’une table ronde organisée par Echaâb Center for Studiesand Research, ce mercredi à Alger.
Dans ce sillage, il a affirmé que  «l’Espagne joue sa mauvaise carte». «Les Etats-Unis font pression sur l’Union européenne pour utiliser les moyens de chaque membre et exiger une position nette par rapport au conflit en Ukraine dans le reste du monde. Pour les Occidentaux, l’Algérie est alignée sur la Russie alors que le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué a plaidé pour le dialogue et la paix», a expliqué Débeche.
Pedro Sanchez soutient le plan de règlement proposé par le Maroc qui stipule l’autonomie du territoire sahraoui. «L’Espagne est otage de l’Alliance atlantique et des USA. L’Union européenne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a soumis sa sécurité et sa défense à l’Otan. Ces dernières années, il y a une réflexion au sein de l’organisation pour créer sa propre armée», a-t-il encore ajouté.
Pour sa part, la position exprimée par le gouvernement espagnol va à l’encontre de la légalité internationale. «Les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, la Cour internationale de justice et la Cour européenne de justice et toutes les organisations régionales ne reconnaissent pas la  souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental. L’Algérie a d’excellentes relations avec l’Espagne. Toutefois, elle possède des moyens de pression notamment l’approvisionnement en énergie», a fait savoir Amina Rebahi, enseignante à la faculté des sciences politiques et les relations internationales (Alger 3).
Selon l’experte, l’Espagne a cédé au chantage du Royaume. «Le Maroc a définitivement renoncé aux îles de Sebta, Melila et Leïla et exige de l’Espagne son soutien à son plan d’autonomie. Les méthodes du Royaume ne changent pas. La justesse du dossier sahraoui ne pourra pas être remis en question. La position de Sanchez me rappelle le Tweet de Donald Trump, l’ancien président américain» a-t-elle insisté.
Un autre point a aussi son importance dans ce revirement de Sanchez. «Le Maroc brandit la menace de l’ouverture des frontières pour laisser passer les flux migratoires au moment où l’UE attend des  pays maghrébins de se dresser comme un mur contre les migrants et les stopper aux frontières», a expliqué Mme Rebahi.
Karima Dehiles