Rachid Farès : Un comédien

La cinémathèque algérienne rendra hommage au comédien Rachid Farès, samedi prochain, avec la programmation de deux films, «Le Refus» de Mohamed Bouamari où l’on retrouve avec un autre enfant d’Hussein Dey, Rachid Ould-Mohand, et «Le Thé d’Ania» de Saïd Ould-Khalifa. L’initiative est à saluer.

Rachid Farès est un passionné du cinéma. Jeune, il dévorait le cinéma américain et il adorait ses illustres acteurs, les Marlon Brando et les Paul Newman. Lorsqu’il évoque ces deux icones du cinéma, son visage s’irradiait et nous imaginons aisément que c’est le même effet qui se produisait quand il les voyait à l’écran dans son cinéma de quartier d’Hussein Dey. Plus tard, avec l’âge d’or du cinéma italien, Rachid Farès a eu une admiration inouïe pour un autre monstre sacré du cinéma, Vittorio Gassman.
Rachid Farès a vite compris que c’est le cinéma qui allait être à la fois son école et son métier. Pour ce faire, il quitte très jeune les bancs de l’école et devient projectionniste. Il voit énormément de films et il rêve d’être un jour, à son tour, acteur.
Paradoxalement, quand il a gagné son statut d’acteur, il n’a jamais voulu se voir à l’écran pour on ne sait quelle raison. Sans qu’il le dise ouvertement et pour l’avoir écouté à maintes reprises parler du cinéma qu’il aimait, nous comprenons que lui, le perfectionniste, le cinéphile, le comédien racé, savait dès la fin du tournage des films où il était distribué, qu’il ne fallait pas s’attendre à des miracles,
comprendre qu’il n’y avait rien à voir. Rachid Farès enchaîne les films mais il savait à la lecture du scénario qu’il n’allait donner son accord que pour des raisons purement alimentaires.
Rachid a quand même refusé de jouer dans plusieurs films, jugeant que les personnages que les réalisateurs lui proposaient d’incarner étaient en deçà de ses attentes. Pour certains cinéastes, il n’hésitait pas à décliner l’offre avant même de lire le scénario, quitte à rester sans le sou durant un bon bout de temps. Rachid Farès avait d’ailleurs une tonitruante réplique à leur encontre : «Jamais mon nom ne figurera avec le tien dans le même générique.» Suffisant pour avoir la réputation d’être une grosse gueule. Il était ainsi Rachid Farès dans sa vie privée et professionnelle. Il avait fini par aimer la solitude plutôt que d’être en mauvaise compagnie, rester au chômage plutôt que de jouer dans n’importe quel film. Il adorait se mettre face à la mer assis sur un koursi, seul et pensif. Il pouvait rester des heures dans cette posture sans dire un mot, si ce n’est pour demander une fraîche ! Rachid Farès avait le sens de l’amitié et qui au quotidien le manifestait dans la discrétion la plus totale. La vie certainement lui a enseigné à être plus vigilant et à mieux appréhender les choses. Il en a connu des déceptions mais savait en parler avec du recul, avec philosophie. Il riait des petites mesquineries des gens qu’il côtoyait, des acteurs, des producteurs et des réalisateurs et des journalistes. Mais il n’était pas du genre rancunier au sens où il voulait du mal à ceux qu’il jugeait qu’ils avaient failli à son égard. Pour lui, autant mettre un trait rouge plutôt que de se lamenter. Dans ce sens, il était intransigeant ! Rachid aimait, par contre, la compagnie de
son ami Boudjemaâ Kareche du côté de La Madrague où leurs rencontres se transformaient en de longues discussions sur le cinéma.
Rachid Farès a un cœur tendre. Nous le revoyons lors de la cérémonie des remises des prix des Fennecs d’or au TNA, dédier son trophée de la meilleur interprétation masculine dans le feuilleton «Le Retour» à sa chère sœur. C’était un moment tendre et de forte intensité émotionnelle.
Abdelkrim Tazaroute