Rationalisation : Ramadhan, une opportunité

Ramadhan est, sans doute, le mois où les Algériens dépensent le plus. Mais il existe aussi une autre catégorie qui profite de l’événement sacré pour mettre des sous de côté et ne point se livrer au gaspillage.

Le mode de consommation des Algériens recèle en effet deux clichés distincts, allant de la parcimonie au gaspillage. Pour Lamia, enseignante dans un lycée à Kouba, le gaspillage alimentaire est une mauvaise habitude dont il faut s’en libérer . «Nous avons hérité des pratiques complètement fausses non avantageuses pour la santé. Des habitudes qu’il faut absolument corriger». De son point de vue, «la consommation compulsive pendant le mois de Ramadan revêt un caractère particulier dans lequel les facteurs psychologiques, sociologiques et économiques s’entremêlent». A cela s’ajoutent, poursuit-elle,  «les campagnes publicitaires agressives qui exacerbent les besoins du consommateur et par conséquent atténuent sa faculté de rationaliser». Elle affirme avoir regretté toutes ses dépenses inutiles effectuées. «C’est incroyable, ce sont des budgets conséquents que j’aurais pu injecter dans des projets importants, comme l’achat d’un véhicule par exemple». Je me rappelle, raconte-t-elle, «qu’on s’efforçait de garnir la table de mets aussi riches que variés, basculant parfois dans l’excès, et la moitié est jetée à la poubelle», déplore notre interlocutrice qui souligne par ailleurs, que «cette tendance outrancière entrave la sacralité du mois sacré et le dépourvoit de sa profondeur spirituelle dans ses dimensions civique et morale».
Lamia, qui adopte une hygiène de vie optimale, estime que le jeûne est une occasion qui permet au corps d’éliminer les toxines accumulées tout au long de l’année, en plus d’apporter plusieurs bienfaits pour la santé, si une alimentation naturelle et équilibrée est respectée.
Un avis non partagé par Salim, trentenaire, chauffeur de taxi. Il considère que le mois de Ramadhan est exceptionnel et doit garder son aspect festif. «C’est la seule occasion où on se retrouve  en famille ou entre amis. La table doit être bien garnie et les repas copieux», explique Salmi, qui passe un coup de téléphone pour commander une boîte de kalbellouz. «Ce soir, nous avons des invités, je tiens à ce que la table soit bien ornée», confie-t-il, en révélant qu’il est «impossible de rationaliser les dépenses durant le mois béni». «Nous sommes privés de nourriture toute la journée, il faut bien récupérer nos forces après la rupture du jeûne», ironise-t-il. Il reconnaît qu’il lui arrive souvent de jeter de la nourriture non consommée. «Je déteste reprendre le même plat cuisiné la veille», confie l’interlocuteur, en enchaînant, «le Ramadhan est exceptionnel».
Dans les rues d’Alger, ils sont plusieurs, comme Salim, à avouer qu’ils jettent tous les jours de la nourriture après le repas de rupture du jeûne, surtout le pain. Pour sa part, son copain Adel avoue s’adonner «à des achats impulsifs durant ce mois sacré». C’est ce qu’on appelle avoir les yeux plus gros que le ventre.
Samira A.