Raymonde Peschard : La chahida au grand cœur

Autant en France qu’en Algérie, comme la majorité de ses camarades communistes, Raymonde Peschard avait choisi de se mobiliser pour la cause algérienne et de se battre aux côtés des moudjahidine pour que le peuple algérien arrache son indépendance.

Entièrement vouée à la Révolution algérienne, en faisant un objectif de sol et de sang. Née le 18 septembre 1927 à Bologhine, d’un père chef de gare à Constantine, elle n’hésite pas l’ombre d’un instant à sacrifier le statut confortable de fonctionnaire dans une importante entreprise de la ville, en l’occurrence EGA (devenue successivement Sonelgaz et Sadeg), pour dénoncer au sein d’une structure associative la terrible répression qui frappait la population locale, une position tranchée qui lui vaudra son expulsion de Constantine… ironie de l’histoire, un 5 juillet (1955).
La mesure d’expulsion allait être l’élément déclencheur d’un engagement encore plus prononcé pour la Révolution algérienne puisque Raymonde Peschard rejoindra le maquis et intégrera les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN) d’autant plus que la police française l’avait placée parmi les personnes recherchées pour une action patriotique dans laquelle elle n’était en rien impliquée, mais une action bel et bien effective puisqu’elle consistait en une remise de bombes à Fernand Iveton (autre héros français de la Révolution algérienne) qui, sous la torture des militaires français, avait donné une fausse description de Jacqueline Guerroudj, mais une description qui, dans un arbitraire raccourci, ces derniers imputaient à celle qui désormais avait pris pour nom de guerre Taous en mars 1957, autrement dit le jour où elle avait rejoint le maquis.
Femme de conviction, des témoins toujours en vie à Constantine se souviennent d’une personne qui avait le cœur sur la main aussi bien dans le domaine professionnel en tant qu’assistante sociale qu’avec tout autre personne qui la sollicitait. Ses convictions étaient également matérialisées sur le champ d’honneur, comme le rappellera Attoumi Djoudi dans l’un de ses ouvrages où l’auteur évoquait la mort les armes à la main de la chahida alors qu’elle faisait partie d’un groupe que les militaires français avaient encerclé dans une commune de Bordj Bou Arréridj. «Blessée et capturée, elle ne pouvait supporter de voir ses frères, le docteur Belhocine et Oukmalou Arezki, achevés sauvagement.
Devant les corps allongés de ses frères de combat, et malgré ses blessures, Raymonde trouvera le courage de déverser sur les soldats un flot d’injures, les traitant de sauvages, de barbares et de nazis», écrivait-il notamment dans «Avoir 20 ans dans les maquis». Un officier l’exécutera d’une balle dans la tête, cela s’était passé le 26 novembre 1957, c’est-à-dire huit mois après avoir rejoint le maquis. Son élimination sera honteusement célébrée par les médias acquis au pouvoir français de l’époque alors qu’au lendemain de l’indépendance, des travailleurs, ses anciens collègues, en appelleront à la reconnaissance officielle de son engagement et sa lutte indéfectible pour l’indépendance nationale, obtiendront qu’une importante artère de la ville porte son nom.
 Abdelhamid Lemili