Recyclage des déchets : Les opérateurs demandent des zones spécifiques

Les investisseurs dans le recyclage des déchets rencontrent des contraintes dans l’exercice de leur activité. Lors du Salon algérien virtuel des déchets qui se poursuit jusqu’à mercredi, nombreux sont ceux qui reprochent aux collectivités locales leur peu d’empressement dans l’accompagnement, notamment en matière d’installation de stations de collecte et de recyclage.

Unanimes, les opérateurs demandent de mettre en place un cahier des charges en vue de professionnaliser l’activité. Le gérant de l’unité de recyclage Elomaria Africa SOS environnement, Omar Berarma, a tiré la sonnette d’alarme soulignant que 70% des activités de collecte et de recyclage se font dans le circuit informel. Selon lui, la bureaucratie favorise l’amplification de ce phénomène. «A cause d’un refus de l’administration de signer une autorisation d’exploitation, l’unité de production est à l’arrêt depuis 15 mois», regrette-t-il. Située à Blida, cette entreprise, créée en 2006, employant actuellement 10 personnes à titre permanent et 50 autres en temporaire, a reçu une décision de fermeture au motif qu’elle se situe dans un lieu urbain. «Nous avons frappé à toutes les portes et dans plusieurs wilayas dans l’espoir de trouver du foncier pour délocaliser notre station de production, en vain», souligne son patron, précisant que l’entreprise, spécialisée dans le recyclage du plastique et du verre, réalise un chiffre d’affaires annuel de 5 millions de dinars.
«Notre entreprise a été lancée avant la promulgation de la loi relative à la classification des entreprises en charge du traitement de déchets. La collecte des déchets se fait dans les lieux urbains. Alors pourquoi pas leur traitement ?», s’interroge-t-il. Et de rappeler que l’unité a acquis de nouveaux équipements qui n’ont toujours pas servi.
R-Tech est une entreprise qui recycle les cartouches d’imprimante. Elle a eu son agrément en 2015. Son gérant, Rayen Amine Boudif, déplore lui aussi les lourdeurs administratives et l’anarchie qui règne en matière de collecte, d’où l’impératif, a-t-il dit, d’assainir le secteur. «De par le monde, la collecte des déchets constitue une prestation. Chez nous, nous payons les entreprises pour qu’elles se débarrassent des  cartouches utilisées. Certaines administrations préfèrent même les jeter que de nous les confier», a-t-il clamé. Il a fait savoir que ces cartouches sont un déchet à forte valeur ajoutée. Au niveau de l’unité de traitement sise à Khemis El Khechna (Boumerdes), une partie des cartouches est régénérée et remise sur le marché avec un prix réduit de 20% à 30%. «A partir de la matière première, nous réalisons également des granulés», a-t-il ajouté.
Déchets non récupérés : Une valeur de 45 milliards de DA
Les idées ne manquent pas. Elles sont mises en exergue dans ce salon qui en est à sa troisième édition. Il y va de l’extraction de nitrate d’argent des clichés de radiologie à la transformation du verre. L’entreprise Gipex cuir et textile a réalisé une unité de recyclage des déchets du cuir en les  transformant en fertilisant pour l’agriculture. Toutefois, il existe un autre potentiel inexploité, celui des cartes magnétiques dont la durée de vie arrive à expiration telle la carte El Dahabia renouvelée chaque deux ans. Lors de la conférence virtuelle animée hier, le Dr Roukia Bouadam, de l’Université Constantine 3, a fait savoir que l’Algérie génère annuellement 34 millions de tonnes de déchets  toutes formes confondues. «La quantité des déchets non récupérés représente une valeur marchande estimée à 45 milliards de DA avec un potentiel de 100.000 emplois», a-t-elle relevé.  Ce qui met en avant l’impératif d’encourager l’entrepreneuriat vert et l’accompagnement des jeunes porteurs de projet. Dans ce cadre, Malia El Ayeb, chargée de communication de Djazair Istithmar, a  présenté le produit de financement du projet : le capital investissement. Opérationnel depuis 2010 à l’initiative de deux banques publiques, la Badr et la Cnep Banque, ce service offre comme avantage la possibilité de permettre à l’investisseur d’être considéré comme un associé et non pas créancier.
Wassila Ould Hamouda