Réforme du système des subventions : «Eviter toute précipitation», préviennent les économistes

Le président de la République calme le jeu concernant la mise en œuvre de la réforme de la politique d’aide sociale.

Même si celle-ci figure parmi «les  réformes structurelles de l’Etat», Abdelmadjid Tebboune a rappelé sa mise en œuvre après «un débat national élargi» et la mise en place de certains préalables, notamment un niveau de numérisation et des statistiques fiables. L’expert en économie Abdelmalek Seraï accueille favorablement les déclarations du Président. Selon lui, il y a un retard considérable dans la mise en œuvre d’une «statistique nationale» concernant les personnes en besoin d’aide financière. «Tant qu’il n’y a  pas  d’enquêtes statistiques pour déterminer les personnes ayant besoin d’aide financière, nous ne pouvons pas aller vers la révision immédiate du système actuel des subventions. Il s’agit d’un demain très sensible, techniquement complexe et socialement sensible.» Notre interlocuteur a décelé dans les déclarations du chef de l’Etat une manière d’inciter les structures en charge des statistiques d’en produire davantage.
«Les subventions coûtent 17 milliards de dollars par an. C’est intenable. Si nous n’arrivons pas d’ici à 2022 à  produire les statistiques convenues, nous ne pourrons pas appliquer la nouvelle réforme», dit-il. Seraï soutient que la réforme des subventions ne doit pas se faire d’une «manière brutale» et surtout sans préalables. «Il faut que les ministères du Travail, des Finances et les organes des statistiques établissent des études statistiques. Une commission nationale élargie doit être installée pour délimiter les familles se trouvant dans le besoin», souligne-t-il. L’expert n’a pas omis d’insister sur l’élargissement du débat autour de la reforme et la consultation de tous les partenaires, à savoir patronat, syndicats, assurances sociales, experts et APC. L’expert estime qu’il existe environ 12 millions d’Algériens qui ont réellement besoin de l’aide de l’Etat.
Pour l’économiste Abderrahmane Mebtoul, le Président a «totalement raison» de temporiser en l’absence d’un système d’information exhaustif sur les listes de ménages démunis. Selon lui, la réforme de la politique des subventions est très complexe et nécessite du temps et des mécanismes adéquats. «Si vous ne maîtrisez pas la sphère informelle, si vous ne disposez pas d’informations fiables, vous ne pouvez pas faire une politique de subvention ciblée», estime Mebtoul.
Amokrane H.

Souhil Meddah, expert financier: « L’informel compliquera la tâche »

Expert financier, Souhil Meddah relève la difficulté technique de mettre en place un système de subvention ciblée, faute d’«instruments de numérisation» pour le contrôler et le maîtriser. Autre obstacle : «Le secteur informel rendra impossible le contrôle des déclarations des personnes éligibles aux aides financières de l’Etat», a-t-il dit. Selon lui, il est aussi difficile d’opter pour le système de subvention ciblée car son application entraîne d’autres changements et d’autres préalables tels que la numérisation. «Nous avons besoin de numérisation pour pouvoir  détecter vraiment les catégories les plus vulnérables de la population. Nous avons des plateformes d’information qui ne donnent pas d’information en temps réel, comment voulez-vous asseoir un contrôle permanent. Sans procédures techniques et sans maitrise de l’information, le passage au système de subvention ciblée serait une opération difficile à réaliser», conclut SouhilMeddah.
A. H.