Relations algéro-espagnoles : Les petits pas de Pedro Sanchez ne suffisent pas, selon le politologue Abdelkader Soufi

Dans un entretien accordé à la chaîne espagnole Antenna 3, le président du gouvernement espagnol a émis le souhait de voir l’ambassadeur d’Algérie reprendre ses fonctions à Madrid.

«Nous espérons pouvoir résoudre ce problème diplomatique dans un court laps de temps», a déclaré Pedro Sanchez qui avait fait, il y a un mois, un revirement inattendu sur la question du Sahara occidental. Madrid, qui avait jusque-là refusé de se positionner sur ce dossier, a fini par céder à la pression du Maroc. Tout en défendant la nouvelle position de son pays, Sanchez a, lors de cet entretien, fait le vœu d’une relation «positive» avec l’Algérie. «Nous avons une coordination et une collaboration extraordinaires avec le gouvernement algérien», a-t-il assuré. Pour le gouvernement espagnol, le retour du diplomate algérien sonnerait la fin de la crise diplomatique qui dure entre les deux pays depuis le début du mois de mars dernier. Evidemment, les autorités algériennes ne l’entendent pas de cette oreille. La réaction de l’envoyé spécial chargé de la question du Sahara occidental et des pays du Maghreb au ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger ne s’est, d’ailleurs, pas fait attendre. Amar Belani a indiqué que le retour de l’ambassadeur d’Algérie à Madrid «sera tranché souverainement par les autorités algériennes dans le cadre de clarifications préalables et franches pour reconstruire une confiance sérieusement abîmée».
Abdelkader Soufi, docteur et chercheur dans les questions stratégiques et sécuritaires, abonde dans le même sens : «Le retour de l’ambassadeur est une décision souveraine du gouvernement algérien, sachant que son rappel a été motivé par le revirement inattendu et inopportun de l’Espagne sur une question aussi sensible que celle du Sahara occidental.» Les autorités espagnoles ont pour la première fois, faut-il le rappeler, exprimé leur soutien officiel au plan d’autonomie proposé par le Maroc, le qualifiant de «base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour résoudre le différend». Une déclaration qui a été qualifiée par Amar Belani de «propos formulés avec une légèreté déconcertante, qui correspondent à la volonté de s’auto-absoudre de la lourde responsabilité personnelle dans l’adoption de ce surprenant revirement sur la question du Sahara occidental qui rompt avec la position d’équilibre traditionnelle de l’Espagne». Selon le Dr Soufi, «cette réponse a pour objectif de clarifier les motivations et la position définitive de Madrid devant une position algérienne intransigeante à l’égard de ce dossier». «L’Espagne est partie prenante de la solution du conflit sahraoui», rappelle le politologue. Et pour cause, «l’ancienne puissance coloniale a la responsabilité historique, politique et morale vis-à-vis du peuple sahraoui», affirme-t-il, rappelant que c’est l’Espagne qui a fait de ce territoire une colonie entre 1884 et 1975. «Et c’est toujours elle qui s’est désengagée en 1975 en abandonnant ce territoire sans procéder au référendum, pour lequel elle était mandatée par l’ONU». Et de poursuivre : «Il s’agit bien de la dernière colonie en Afrique. Madrid ne peut pas, par conséquent, se dérober face à ses responsabilités et mettre la région dans une situation de crise.» Ce changement soudain ne fera, selon l’expert, qu’empirer et envenimer la situation dans cette région qui est déjà une poudrière, ce qui pourrait toucher l’Espagne elle-même.
A la question de savoir quel serait l’avenir des relations algéro-espagnoles si cette crise venait à perdurer, il affirme que l’Algérie a toujours tracé des lignes dans sa politique étrangère. Et s’organise et décide en fonction de sa relation avec son partenaire, sachant qu’elle ne se dérobe nullement face  à ses responsabilités. Selon lui, il appartient aujourd’hui au gouvernement espagnol de corriger cette trajectoire pour pouvoir aspirer à de meilleures relations avec Alger.
De graves conséquences économiques pour Madrid
La main tendue de Sanchez à l’Algérie intervient, par ailleurs, au moment où les relations algéro-italiennes s’orientent vers une plus grande diversification. Ce rapprochement aurait motivé, selon Abdelkader Soufi, docteur et chercheur dans les questions stratégiques et sécuritaires, l’initiative espagnole, d’autant plus que «l’Algérie est un partenaire stratégique de l’Espagne et cette crise diplomatique pourrait avoir de graves conséquences dont on ne peut, pour l’heure, déterminer l’ampleur sur le pays. A commencer par les agriculteurs qui ont été durement affectés par cette crise». D’ailleurs, ajoute-t-il, «il n’est pas exclu de voir les autorités algériennes procéder de nouveau à une révision des prix du gaz et limiter les importations espagnoles». Et de conclure : «Il appartient au gouvernement espagnol d’assumer et de supporter ses positions qui pourraient être dictées par des manipulations marocaines.»
Assia Boucetta