Relations algéro-espagnoles :«Une trahison de trop», selon le diplomate Hocine Meghlaoui

L’ancien diplomate et auteur de plusieurs ouvrages Hocine Meghlaoui souligne que le président de la République a mis les points sur des questions essentielles, lorsqu’il a évoqué la brouille entre l’Espagne et l’Algérie, à savoir la responsabilité morale et historique de Madrid dans le dossier du Sahara Occidental.

Meghlaoui dit ne pas s’étonner du revirement de la position espagnole. Il rappelle, à ce sujet, que Madrid avec, à sa tête, le parti socialiste n’est pas à sa première trahison de la cause sahraouie. «Le 14 novembre 1975, alors que Franco agonise, le gouvernement espagnol signe les accords de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie pour diviser le Sahara occidental entre ces deux pays. Après la démocratisation de l’Espagne, le parti socialiste a pris le pouvoir et le Premier ministre Felipe Gonzales a renié toutes ses promesses faites aux sahraouis et aux Algériens», a-t-il rappelé. Et d’ajouter : «C’est une trahison de trop.» A la question de savoir si l’alignement de Madrid sur la position marocaine vis-à-vis du Sahara occidental a un lien direct avec la gestion de l’immigration clandestine sur son territoire, Hocine Meghlaoui, qui a été plusieurs fois ambassadeur notamment en Inde, au Brésil et en Ethiopie, affirme que «le Maroc est connu pour ce type de montage et sait comment faire pression sur l’Espagne». Pour s’en convaincre, il rappelle, «les flux migratoires de clandestins mineurs, en provenance du Maroc, qui ont rejoint les enclaves autonomes de Ceuta et Melilla en 2021». Ce qui a, souligne-t-il, «causé de grands problèmes aux autorités espagnoles qui avaient accueilli le plus grand nombre d’immigrés clandestins de son histoire». En mai 2021, de 8 à 10.000 migrants étaient arrivées dans l’enclave, après que la surveillance marocaine de la frontière a été relâchée. D’après, toujours, les chiffres de la police nationale espagnole publiés par le journal El País,  huit personnes sur dix ayant rejoint illégalement le territoire espagnol venaient du Maroc. Selon l’ancien diplomate, le Maroc a toujours utilisé cette arme, alors qu’il est payé par l’Union européenne pour contrôler l’immigration clandestine. «Ce qui n’est pas le cas de l’Algérie», insiste-t-il. Il n’y a aucun doute, estime-t-il, «Madrid a cédé au chantage migratoire et de contrebande de Rabat».
L’émigration clandestine comme chantage
«L’Espagne tente à travers cette nouvelle position d’éviter les problèmes liés au phénomène de l’immigration clandestine», fait-il remarquer. Or, souligne-t-il, «c’est peine perdue. Les garanties que l’Espagne a pu avoir sur le contrôle des flux migratoires ne peuvent pas être tenus pour acquises car le Maroc est connu pour ne pas tenir ses promesses».
Sur l’impact que pourrait avoir ce revirement sur le plan international et notamment sur la décision de l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, il affirme que «le dossier du Sahara occidental est une question de décolonisation inscrite à l’ONU». Et puis, ajoute-t-il, «la position des Etats membres du Conseil de sécurité est connue. On sait quels sont les pays qui sont pour la légalité internationale et le principe d’autodétermination et les pays qui jouent avec le droit international pour maintenir le statu quo au Sahara occidental». Evoquant l’avenir des relations algéro-espagnoles si Madrid ne venait pas à corriger sa position, Meghlaoui rappelle que l’Espagne a des intérêts à préserver en Algérie. «C’est à elle de savoir quel ton donner aux relations bilatérales entre les deux pays et d’avoir une attitude plus constructive vis-à-vis d’Alger et du dossier sahraoui», conclut-il
Assia Boucetta