Relations algéro-turques : Un point commun nommé histoire

La visite du président de la République en Turquie est importante à plus d’un titre. Tant sur le plan politique, économique et humain, les relations entre Alger et Ankara se renforcent. Mieux, elles sont appelées à se développer à l’heure où les deux pays sont confrontés à des situations où leurs intérêts divergent rarement. Dans ce dossier, en chiffres mais aussi en interrogeant des experts, nous nous intéressons au volume et à la nature des échanges, à la solidité des liens et aux perspectives qui s’ouvrent pour deux peuples qui se sont côtoyés des siècles durant. L’économie est évoquée par une de nos reporters qui s’est rendue à la Safex à Alger où se tient le Salon international du bâtiment. Les entreprises turques sont fortement représentées. Nos journalistes s’intéressent aussi aux séries télévisées, à la restauration des monuments et à la cuisine qui font que la Turquie est comme ce voisin qu’on apprend de plus en plus à mieux connaître.

La Turquie s’affirme, depuis quelques années, comme un acteur majeur dans la redistribution des cartes qui remodèle la géopolitique régionale. RecepTayyip Erdogan, au pouvoir depuis dix-neuf ans, comme Premier ministre puis comme président, qu’on l’admire ou qu’on lui reproche une conception autoritaire du pouvoir,  incarne une forme de résistance à l’Occident.
Sur le plan économique ou politique, la Turquie fait partie du groupe de pays dont la voix compte. Elle influe sur le cours de beaucoup de questions dans son périmètre naturel à cheval sur l’Europe et le Moyen-Orient. Qu’il s’agisse de la Palestine, de la guerre en Syrie, en Libye, en Afghanistan mais aussi de «l’affaire» des refugiés, Ankara qui est membre de l’Otan, prend part aux consultations autour des questions qui agitent le monde. Même dans le conflit ukrainien, la Turquie s’est impliquée pour son règlement.
Un peu comme la Chine, elle a renforcé grandement ses positions en Afrique. Ses investissements se comptent en milliards de dollars. Un sommet Turquie-Afrique auquel prend part l’Algérie se tient périodiquement pour tracer des nouvelles perspectives à la coopération à caractère stratégique.
En Algérie, la Turquie est restée longtemps un pays peu connu et qui a longtemps tourné le dos au monde arabo-islamique. Mais depuis une trentaine d’années, cette perception a changé radicalement. Le pays est devenu le promoteur d’un modèle qui fait cohabiter des performances économiques et un ancrage de plus en plus affiché dans l’identité islamique longtemps niée, sinon combattue. D’aucuns ne manquent pas de proclamer que cette vision, traduite par de nombreuses mesures symboliques, équivaut à une sorte de restauration de l’empire ottoman qui régna pendant prés de six siècles sur d’immenses territoires en Afrique, en Asie et sur une partie de l’Europe des Balkans.
La présence turque en Algérie, ce sont d’abord ces nombreuses sociétés engagées dans divers projets de construction de logements ou d’infrastructures routières. Les liens revêtent de plus en plus une dimension humaine. La Turquie est devenue, au fil des années, l’une des destinations touristiques privilégiées des Algériens qui se rendent aussi pour étudier, se soigner et prendre part à des colloques.
R. Hammoudi