Rencontre avec le théologien Kamel Chekkat : «Trop de fatwas tue la fatwa»

La charia est la loi sacrée de Dieu qui s’inspire du Coran et de la sunna. On est en droit, cependant, de s’interroger si celle-ci est variable ou invariable. Dans le premier cas, cela  suppose qu’elle peut être soumise aux contingences du temps, de l’espace et du lieu. Dans le cas contraire, la charia est figée et ne peut changer ou s’adapter aux mutations de la société.

Selon Kamel Chekkat, théologien, «certaines choses sont interdites, mais peuvent faire l’objet d’une suspension de l’interdit de manière ponctuelle». Car, explique-t-il, «il y a aujourd’hui dans les explications que proposent les jurisconsultes le besoin de trouver les réponses que cherche la société».  «Le jurisconsulte ne cherche pas à soumettre cette loi divine au besoin des hommes, mais plutôt  à concilier la nécessité, la contrainte, le problème et l’incapacité de l’homme avec ce qui est selon lui souhaité par Dieu», souligne-t-il. Parce que, poursuit-il, «tout est aléatoire. Pour une  personne qui n’est pas en mesure de mettre en application un décret divin  sur les plans cultuel ou juridique, le jurisconsulte intervient dans ce sens pour lui donner le meilleur moyen de se rapprocher de Dieu en termes d’obéissance et de conformité». «Il est très dangereux, toutefois, de prendre en considération tous les programmes de fetwas diffusés sur des chaînes de radios et de télévisions», prévient-il.
Pour Chekkat, également, membre fondateur de la Ligue des Oulémas du Sahel, «la spécificité du problème et du demandeur peuvent s’annuler par moment». Il en veut pour preuve, le fameux verset 173 de la sourate Al-Baqara où il est dit: «Certes, Il vous interdit la chair d’une bête morte, le sang, la viande de porc et ce sur quoi on a invoqué un autre qu’Allah. Il n’y a pas de péché sur celui qui est contraint sans toutefois abuser ni transgresser, car Allah est clément et Miséricordieux​».
 «Le  Coran est très  clair sur ce sujet», assène-t-il en conclusion.
Assia Boucetta