Rencontre littéraire avec Abdelkader Bendaâmeche: Une mémoire musicale

 

La librairie Point-virgule a été le cadre, jeudi dernier en fin de journée, d’une très sympathique et intéressante rencontre littéraire avec Abdelkader Bendaâmeche autour de son dernier ouvrage paru aux Editions Enag : «Amar Ezzahi ou l’éclat juvénile du chaâbi».
L’espace proposé à la rencontre est conviviale et propice à une telle joute qui a eu lieu à l’étage de la librairie. Et pour cet événement, les organisateurs en innové en proposant d’agrémenter le débat avec de la musique chaâbi, deux superbes chansons d’Amar Ezzahi, écrites et composées par l’incontournable génie, Mahboub Bati. C’est un jeune chanteur chaâbi, Lamine Saadi de Bologhine, ancien élève d’El Hadi El Anka au conservatoire de cette ville côtière qui a interprété ces deux pépites qui donnent un aperçu du style de l’idole des jeunes, Amar Ezzahi. Ce qui fera dire au grand dramaturge Slimane Benaïssa, au terme de l’interprétation de la deuxième chanson, qu’«Ezzahi a apporté la douceur et une ambiance féminine à une sphère musicale aux relents machistes».
Abdelkader Bendaâmeche est un auteur prolifique qui a écrit beaucoup d’ouvrages consacrés à des illustres acteurs de la scène musicale algérienne. On cite volontiers des livres dédiés à Mahboub Bati, Abdelkrim Dali, Hadj M’Rizek, Mohammed El Badji, Amar Ezzahi et au chantre du melhoun, Lakhdar Benkhelouf. Cet écrivain est aussi connu pour avoir animé, durant 20 ans, à la radio chaîne III, l’émission musicale «Maya Oua Hcine» et occupé plusieurs postes de responsable du secteur culturel dont celui de directeur de l’Agence algérienne de rayonnement culturel qu’il occupe actuellement.
Bendaâmèche a choisi de débuter sa conférence par un long rappel de ce qu’était le chaâbi à l’époque de Nador, qui, dira-il, n’est ni de Nador, ni de Cherchell mais plutôt de Palestro et qu’il avait habité et vécu à la Casbah d’Alger. Il soulignera que c’était du medh, essentiellement avant d’ajouter que le jeune M’Hamed El Anka a été appelé à suppléer l’absence d’un musicien, un terrardji, ce que le créateur du chaâbi fera avec succès et dextérité, ce qui n’est pas passé inaperçu auprès des amateurs du genre. A la mort de Nador, El Hadj M’hamed El Anka va asseoir sa notoriété avec la verve que nous lui connaissons en apportant sa touche et ses modifications. «El Anka a beaucoup pris des modes de la musique andalouse et des structures de la nouba pour les intégrer dans ce qui allait devenir le chaâbi», note le conférencier. Ce long rappel, fait de quelques anecdotes sur la rivalité entre El Anka et Hadj M’Rizek, le caractère spécial sinon frondeur du Cardinal, mais aussi d’un hommage à Rabah Saâdallah auteur d’un ouvrage sur El Hadj M’hamed El Anka, l’unique jusqu’à présent consacré au maître de la chanson chaâbi, a servi de transition pour évoquer le parcours de Amar Ezzahi. Bendaâmeche entamera l’évocation de Ezzahi en affirmant que :«Comme tous les jeunes de l’époque, Amimar écoutait tous les genres musicaux dont le jazz et il avait une admiration pour Boudjemaâ El Ankis, à l’époque déjà grande vedette de la chanson algérienne. Ezzahi apprendra la guitare et suivra les pas d’El Ankis, partout où il chantait dans les fêtes familiales. Et un soir au moment du dîner du cheikh, on proposa à Ezzahi d’interpréter quelques chansons, ce qu’il fera avec joie et succès. Quand Boudjemaâ El Ankis a entendu de loin une des chansons, il s’est écrié : «Mais ils ont mis une bobines de mes chansons» ! Finalement, il a été informé que c’était un jeune qui s’appelle Amar qui a chanté ses chansons ».
Le conférencier rappellera que c’est Kamel Hamadi et Mahboub Bati qui ont donné le nom d’artiste à Amar en lui ajoutant le pseudonyme, Ezzahi. Quant à son style qui fera sa gloire, Bendaâmeche parlera «des improvisations de Ezzahi et des libertés qu’il prenait vis-à-vis de certaines règles que les conservateurs du chaâbi veulent immuables et intouchables.
La rencontre a été suivie d’un intéressant débat puis de la vente-dédicace du livre «Amar Ezzahi ou l’éclat juvénile du chaâbi».
A. T.