Rencontre sur la diversification de la consommation des viandes : Un appel à l’éveil des consciences

La première rencontre scientifique pour la réhabilitation de l’élevage et la diversification de la consommation des viandes s’est ouverte, ce samedi à Béni Abbès. Objectif : proposer des alternatives économiques et scientifiques à la consommation des viandes ovines et bovines en Algérie.

Le séminaire, organisé par l’association nationale de protection des consommateurs El-Aman, s’est déroulé en présence du wali de Béni Abbès, Saâd Chennouf, et de nombreux professeurs, chercheurs et experts dans divers domaines. Issus d’universités et de centres de recherche de sept différentes wilayas, dont Ouargla et Biskra où l’élevage camelin est important, les intervenants ont apporté leur savoir des domaines de l’agriculture, de l’économie, de la médecine, de l’agronomie ou de la sociologie sur cette question.
Saâd Chennouf, a d’ailleurs souligné l’importance de «l’implication de la société civile dans le développement et la diversification de l’économie locale et nationale». Ceci, «dans le but d’assurer une sécurité alimentaire à l’échelle nationale». Le président de l’association, Hacène Menouar, a commencé par expliquer que le lieu du déroulement de cette première rencontre, «qui sera suivie par plusieurs autres» n’est pas fortuit. En effet, il précise avoir choisi Béni Abbès «au vu de ses richesses et nombreuses opportunités d’investissement et de développement». Pour lui, il est nécessaire de diversifier les offres en viandes rouges afin «de faire baisser la pression sur les viandes actuellement disponibles sur le marché». Ceci, poursuit-il, en plus de permettre un meilleur pouvoir d’achat aux citoyens, «les aidera à mieux préserver leur santé». Et pour cause, il révèle que les viandes ovines et bovines sont néfastes pour la santé, «alors que se trouve, en face, de la viande de lapin et de dromadaire qui offrent de meilleures vertus nutritives».
Nouad Mokrane, expert consultant en agroalimentaire, a insisté sur l’importance de ce séminaire surtout à l’orée du mois sacré de Ramadhan «durant lequel les Algériens accordent une importance particulière à la viande».
Un levier pour l’économie
Abdelkader Adamou, chercheur universitaire à l’université d’Ouargla, spécialisé dans les bio-ressources sahariennes, a exposé le devenir de la viande cameline face aux mutations socio-économiques dans le Sahara. Le dromadaire a, selon lui, plusieurs bénéfices et atouts. Il peut être utilisé, énumère-t-il, «tant pour le transport que le loisir, le sport, la viande, le lait, mais aussi pour sa peau». En chiffres, il estime que la consommation de viande cameline représente 4,2% de la consommation de viande à l’échelle nationale mais 33% dans les régions du Sahara. Le prix de la viande cameline a, quant à lui, été de tout temps plus bas que celui des autres viandes et même sa graisse peut être utilisée afin de produire de la gélatine halal. Néanmoins, cet animal pouvant représenter un véritable levier pour l’économie «reste peu étudié et ne bénéficie pas d’un intérêt de la part des scientifiques et des vétérinaires». Pire, Menouar, confie que suite à son invitation à désigner un représentant du ministère de l’Agriculture, ce dernier a estimé que «la question n’était pas importante pour le moment».
Benaïssa Mohamed, chercheur au centre de recherche scientifique et technique sur les régions arides, a, quant à lui, relevé le problème des maladies et de reproduction de ces animaux. Ils sont ignorés par les éleveurs eux-mêmes parfois, qui préfèrent, à leur grand dam, «abattre les animaux malades plutôt que les soigner». Ceci, affirme le chercheur, «est accentué par l’absence de médicaments adaptés à leurs pathologies alors qu’ils existent ailleurs dans le monde». Il finit par conclure que, grâce à la mondialisation de l’économie, les têtes de dromadaires sont présentes même en Australie où il a été prouvé qu’en plus de leurs multiples atouts sus-cités, «ces bêtes émettent moins de gaz à effet de serre que les bovins».
Les bénéfices et atouts de la viande cameline sont vastes et divers et méritent, de l’avis unanime des intervenants, un intérêt plus accru sur la question de l’élevage et de la consommation de sa viande. D’autres présentations traitant du côté médical et sociologique du sujet seront abordées au cours du séminaire. Y seront également traités les sujets des élevages cunicoles et caprins afin d’offrir un panorama complet aux consommateurs et d’éveiller les consciences.
De notre envoyée spéciale à Béni Abbès : SarraChaoui