République sahraouie  : Tifariti à l’heure du f’tour

Tifariti est située dans les territoires libérés, à peu près de 400 km des camps des réfugiés de Tindouf et à 90 km du mur de séparation érigé par le Maroc. La petite ville est un passage obligé pour les familles nomades qui écument la hamada.

Le temps s’écoule doucement. Il y a cette sensation d’être loin de tout et  le calme et la sérénité règnent en maître. Tôt le matin, les  hommes sortent leurs cheptels de dromadaires et de chèvres et  les femmes s’affairent à préparer les enfants pour l’école et s’occupent des tâches ménagères. Dans l’après-midi, quand le soleil est au zénith, les habitants de cette contrée au climat hostile s’abritent  sous  leurs tentes pour échapper à la chaleur suffocante.
Vers 17h, tentes et petites maisons en briques cuites reprennent vie. Les femmes se regroupent pour préparer le f’tour. Chez ce  peuple nomade à l’origine, les   traditions liées à de ce mode de vie perdurent et sont la base des relations sociales. Le Ramadhan se présente surtout comme une occasion pour se retrouver et manger ensemble.
Le conflit armé entre l’armée de libération nationale sahraouie et les troupes d’occupation marocaine ne semble pas altérer la sacralité de ces jours bénis du mois de Ramadhan. Les Sahraouis tentent tant bien que mal de maintenir leurs us et traditions en dépit de l’ambiance de peur et de doute quant au sort des combattants sur le front. Les cœurs et les pensées accompagnent ces hommes qui luttent contre l’occupant. Les femmes sont toujours là pour s’occuper des familles et des enfants.
La maïda du f’tour est très simple et ne comporte pas de mets exceptionnels. Pour l’entrée, on se suffit d’une soupe à base de farine de blé et des épices. Celle-ci est accompagnée de galettes de blé dur cuites  dans un four traditionnel qu’on trouve  à l’extérieur des habitations. Il s’agit d’un repas consistant et chaud. Par la suite, on  prépare un ragot avec la viande de chameau ou de chèvre, les seuls animaux robustes qui résistent à la dureté du climat saharien.
La population n’a pas toujours tout ce qui est nécessaire pour cuisiner. Tifariti est loin des camps de réfugiés. L’approvisionnement en denrées alimentaires se fait par la route sur laquelle les  camions ont du mal à rouler car ce sont des pistes cahoteuses. Le peuple sahraoui  compte  sur les dons internationaux pour son  alimentation. Toutefois, des familles possèdent des petits élevages de chèvres, de chameaux, de poules, et cultivent des légumes dans des petits morceaux de terre pour agrémenter leurs repas.
Depuis plusieurs décennies, ce peuple qui ne veut pas plier et abdiquer souffre de privation et de rareté des produits alimentaires.
Karima Dehiles