Restaurant de la Rahma : Les soldats de la solidarité se mobilisent

Ils n’appartiennent à aucun comité de quartier, ni association ou encore à un organisme humanitaire et pourtant ils sont volontaires. Ils se mobilisent pour prêter main-forte et offrir un iftar aux plus démunis. Dans un restaurant de la Rahma, à Bachdjarah (Alger), des dizaines de jeunes se sont engagés pour venir en aide aux nécessiteux et leur offrir un iftar digne de ce nom.

Telle une armée de fourmis, de nombreux jeunes s’attellent à la préparation des tables destinées à accueillir les nécessiteux, les personnes de passage et des familles lors d’un iftar collection, dans le quartier des Eucalyptus de Bourouba à Bachdjarrah. Après avoir réussi à décrocher une autorisation de l’APC pour installer des chapiteaux au niveau de l’aire de jeux de la localité, les jeunes ont fait part de l’initiative via le prêche du vendredi, au début du Ramadhan. Les bienfaiteurs se sont vite dépêchés de prêter main-forte et de les assister, tant par des dons de produits alimentaires que par des sommes d’argent, a-t-on appris de la part des jeunes. Selon Abdelhak Beram, initiateur de l’iftar et coordinateur de cet événement, plus de 160 couverts sont servis quotidiennement sous les chapiteaux depuis le début du mois sacré. «Nous préparons également 120 couverts à emporter que les bénéficiaires viennent récupérer chaque jour au niveau d’un local mis à notre disposition par l’un des bienfaiteurs du quartier», a-t-il révélé. À peine une heure avant l’Iftar, que des personnes attendaient déjà devant l’accès dans l’espoir de trouver une place. «Habituellement, et ce, depuis le début du Ramadhan, toutes les places sont prises au moment de rompre le jeûne», nous fait savoir Akram, un des volontaires venu prêter main-forte. Selon lui, l’espace réservé, ayant pignon sur rue, est visible de tous les passants et accessible. «Nous accueillons beaucoup de passagers qui sont rattrapés par l’heure de l’iftar. Ils s’arrêtent pour rompre le jeûne ici avant de poursuivre leur route», a-t-il expliqué.
Ces jeunes, qui ont réussi à se rendre indispensables sur la scène de l’action sociale et du bénévolat, sont à la mesure de leur détermination et de leur volonté. Un acte de l’individu qui ne se mesure pas, selon un trentenaire venu pour l’iftar. Selon ce manœuvre du bâtiment, ces jeunes traduisent les valeurs de solidarité héritées de nos aïeux, connus pour leur générosité et leur grand cœur. «Ils rendent fiers la jeunesse algérienne. Non seulement ils répondent aux préceptes de l’Islam, mais également à l’expression de nos mœurs. Je viens ici pour l’Iftar depuis le début du Ramadhan et je n’ai jamais manqué de rien», confie notre interlocuteur.
L’iftar collectif est une mécanique bien huilée. Chacun sait ce qu’il doit ou ne pas faire. Deux jeunes pour disposer les assiettes, deux autres pour mettre les couverts, les tables sont prêtes en un rien de temps. Les grandes marmites renfermant la chorba et le ragoût de poulet arrivent un quart d’heure avant l’iftar, pour qu’ils puissent être dégustés chauds.
C’est à l’approche de l’heure fatidique et l’activité de ces jeunes est à son paroxysme. Certains d’entre eux s’attelant à servir le plat de consistance, quand d’autres orientent les gens vers les places pour s’installer. Les tables sont presque toutes prises à quelques minutes de la rupture du jeûne. Quelques passagers se précipitent enfin pour occuper les deux dernières tables encore disponibles. Au final, 160 autres couverts ont été servis durant cette journée.
Mohamed, l’un des volontaires, assure n’avoir pas pris son ftour en famille depuis le premier jour du Ramadhan. «Je préfère partager mon repas avec une famille plus large, constituée de gens de passage et de nécessiteux. Nous sommes tous frères quelque part», s’est-il félicité. Yasser, pour sa part, habitué de l’action caritative dès son jeune âge, affiche son dévouement au mouvement solidaire du quartier et la participation de cet élan de solidarité qui se déroule dans une ambiance familiale et bon enfant. Ce phénomène social, dira l’un des résidents du quartier, valorise le bénévolat en tant qu’acte de bienfaisance, tout en renforçant la cohésion, la fraternité et l’unité en sein de la société.
Walid Souahi