Restitution des œuvres d’art à l’Afrique : A quand la récupération de ces repères identitaires ?

La restitution des œuvres d’art à l’Afrique, a été au cœur du sujet débattu à l’espace Panaf, par un nombre d’experts étrangers et algériens, au salon International du Livre d’Alger (SILA) 2022.
Inscrite sous le thème « Vers un nouvel ordre muséal », cette rencontre a vu la participation de l’auteur sénégalaise Sissi Ngoma. Ça été l’occasion pour elle, de faire la présentation de son livre « Le silence du Totem »apparu le mois d’avril 2018, et qui traite de ce sujet très sensible. Il s’agit du premier ouvrage qui a abordé cette question. Le roman met en scène une sénégalaise en visite professionnelle au musée parisien de l’art, et qui a été chargée d’organiser des expositions secrètes. C’est là qu’elle fait une découverte, qui va changer le cours des choses, et le sens de sa vie. Elle se retrouve ensuite dans un village africain évangélisait par les français qui avaient remporté auparavant le « Totem », retrouvé plus tard. « Le livre est une prise de position qui va véritablement dans le sens de restituer les œuvres volées, il défend aussi les tribus propriétaires », explique Sissi Ngoma. « Mon livre touche aussi à la question de spiritualité et l’énergie, soit les fonctionnalités initiales du Totem qui doit retrouver sa place et sa symbolique auprès de son peuple », précise l’auteur. Raison pour laquelle, le personnage principal de l’histoire, joue le rôle d’une enquêtrice principale et celle d’avocate, et lance une procédure de restitution après rassemblement des preuves. « Il s’agit d’un totem volé, et depuis sa disparition son peuple subi une sorte de mal-vie », précise la conférencière.  Pour Sissi Ngoma, les Etats africains, et la jeunesse africaine, ont besoin de leurs œuvres d’arts fabriquées par leurs ancêtres, qui représentent un véritable repère identitaire. « La question de récupération est purement politique », se désole-t-elle.
Avec l’Algérie, la France aussi a fait de même, et a volé plusieurs pièces et œuvres d’art, mais a restitué quelques unes dont le canon de Barbarous. Pour le docteur Khelifa, historien et archéologue, l’armée française à Constantine, faisait des croquis et dessinait le parcours entre Alger-Constantine pour repérer les sites antiques, d’où l’arriver des anthropologues français en Algérie. « La question du retour des biens est très importantes », dit-il. seulement, ajoute l’expert, « les musées africains sont-ils réellement en mesure de sauvegarder leurs œuvres, quand on sait que certains masques récupérés ont finis vendus au marché noir ». Pour M. Khelifa : « si jamais le Louvre ou le British Museum décident de restituer les œuvres d’arts, ils seront vides ».
Pour les participants, la dépersonnalisation d’un peuple n’est pas un combat par les armes, mais en touchant à son identité et en volant sa production et ses œuvres, et remplacer le tout par une culture qui n’est pas la sienne. D’où l’importance d’aborder ces sujets dans la littérature, pour une prise de conscience car l’histoire change. En effet, les romans peuvent véhiculer ces histoires,  et démocratiser des sujets aussi complexes pour faire bouger les choses.
Rym Harhoura