Retour de la Syrie dans la Ligue arabe : Pourquoi l’Algérie y tient

L’organisation prochaine du Sommet arabe à Alger vient de nouveau rappeler le dossier du siège vacant de la Syrie à la Ligue arabe d’où elle est absente depuis 10 ans. L’Algérie est un chaud partisan de sa réintégration, et ce, pour diverses raisons.

Certains pays continuent, certes, de réclamer le retour de Damas dans l’organisation régionale, mais d’autres membres n’y sont guère favorables. L’Algérie était à la tête des pays qui ont émis des réserves sur la décision de geler l’adhésion de la Syrie à la Ligue arabe en 2011. Dans une déclaration aux médias, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait estimé que la Syrie «mérite de revenir dans la Ligue arabe, car elle est membre fondateur de l’organisation, elle compte parmi les plus anciens pays arabes et est fidèle à ses principes». Le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheït, avait, lui aussi, souligné que «la Syrie pourrait revenir à la Ligue lors du prochain sommet en cas de consensus entre les pays membres», rappelant que «des pays, dont l’Algérie, l’Irak et la Jordanie, y sont favorables».
Selon Abderrezak Saghour, enseignant de sciences politiques à l’Université d’Alger, «l’Algérie n’a jamais rompu ses relations avec la Syrie et notre chef de la diplomatie a eu, à plusieurs reprises, avec son homologue syrien des entretiens sur la situation au Moyen-Orient». Et puis, ajoute-t-il, «sur le plan sécuritaire, économique et politique, nous ne sommes plus dans les mêmes circonstances qu’en 2011, quand l’organisation panarabe avait décidé de suspendre la Syrie et appelé au retrait des ambassadeurs arabes de Damas».
Il faut rappeler qu’à l’époque, «toute la région était instable suite aux événements du printemps arabe qui a touché la Syrie, la Libye, le Bahreïn, l’Egypte…». Aujourd’hui, tout porte à croire que «les relations entre la Syrie et les pays arabes ont pris une nouvelle tournure, notamment après la visite du ministre des Affaire étrangères du Qatar, des Emirats arabes unis, de l’Egypte et de la Jordanie à Damas», estime le politologue. Selon lui, «il ne reste que quelques pays qui refusent le retour de la Syrie à la Ligue arabe. Il s’agit notamment de l’Arabie saoudite, pour des raisons probablement liées à la Turquie et ses relations avec Damas». Selon l’universitaire, «après dix ans de guerre civile, le régime de Bachar Al Assad est toujours là, qu’on le veuille ou non,et il est reconnu sur le plan international. On ne peut, dès lors, lui interdire d’assister au prochain Sommet arabe et à réintégrer pleinement cette institution régionale régie par l’article 52 de la charte des Nations unies». Pour lui, l’Algérie entend, pour sa part, organiser un Sommet arabe global, unificateur et inclusif qui rapprocherait les différents pays. Les autorités ambitionnent ainsi d’obtenir un consensus autour de cette question afin d’instaurer un nouveau climat dans les rapports interarabes». «La présence de la Syrie est impérative en tant que membre fondateur de cette organisation depuis 1944et partie prenante du conflit israélo-arabe», proclame l’universitaire. Il rappelle, enfin, que cette demande de réintégration n’est pas nouvelle puisqu’en 2019 déjà, lors du Sommet arabe à Tunis, des voix se sont élevées pour réclamer son retour. Des manifestants ont même brandi des portraits de Bachar Al-Assad avec des slogans appelant au retour de la Syrieparmi sa famille.
Assia Boucetta