Retrait du Mali du G5 Sahel : L’éventualité d’un effet boule de neige n’est pas à exclure

Le gouvernement malien a annoncé, dimanche dernier, quitter tous les organes et instances du G5 Sahel, y compris la force conjointe. Et ce, pour dénoncer la non-tenue de la 8e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat des pays membres de l’institution à Bamako, qui devait consacrer le début de la présidence malienne de ladite organisation.

Il rejette, dans ce sens, l’argument d’un Etat membre du G5 Sahel qui avance la situation politique interne nationale pour s’opposer à l’exercice par le Mali de la présidence de ce groupe. Et il dénonce «la perte d’autonomie» et l’«instrumentalisation» de cette institution dont la mission consiste à garantir les conditions de développement et de sécurité dans l’espace des pays membres. L’organisation du G5 Sahel, créée en 2014, regroupe le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Tchad et la Mauritanie. Ces pays ont décidé de se doter d’une force militaire conjointe pour soutenir les armées nationales dans la lutte antiterroriste. Se retirer de tous les organes et instances du G5 Sahel, y compris de la force conjointe, est une manière, selon plusieurs observateurs, d’entériner la rupture des relations entre Paris et Bamako qui avait décidé, fin avril dernier, d’expulser l’ambassadeur français.
Djoudi Bouras, politologue et ancien membre du Cnes, affirme que «c’est une erreur d’analyser ce retrait sous l’angle essentiellement sécuritaire». Car, dit-il, «les Africains commencent à prendre des décisions souveraines dont on ne peut pas mesurer, à l’heure actuelle, la portée sécuritaire et politique». D’autant plus, rappelle-t-il, que «depuis l’accord d’Alger pour la paix et la réconciliation au Mali, le dialogue n’est plus exclusif comme il était avant». Le retrait du G5 Sahel est, selon le politologue, «un fait systématique, presque attendu, au vu du contexte international actuel».
D’ailleurs, soutient-t-il, «nombreux sont les systèmes économiques notamment capitalistes qui sont poussés dans leurs derniers retranchements après la solidarité exprimée entre certains pays».
Selon lui, «la problématique du Mali est partie intégrante des changements géopolitiques qui touchent les relations internationales». Il s’agit pour la région du Sahel «de la remise en cause des relations France-Afrique qui depuis quelque temps battent de l’aile». Et d’ajouter : «Tout ce qui est désigné comme appartenance géopolitique et géostratégique à la France pourrait aujourd’hui être contesté. Le Mali est dans ce cadre un exemple édifiant.»
En somme, poursuit Djoudi Bouras, «la France n’est plus dans un territoire conquis depuis qu’elle a devant elle des interlocuteurs responsables. Cette volte-face pourrait toucher tous les régimes africains qui refusent aujourd’hui de subir les effets désastreux des plans d’action pilotés par l’Union européenne et de surcroît inefficaces». Il fait ainsi remarquer que «les pays africains donnent aux puissances occidentales plus qu’ils ne reçoivent en termes d’aide financière, économique et logistique». Pis encore, «ces puissances contribuent à détruire les systèmes socio-politiques locaux d’où l’intérêt d’une coopération régionale pour la réalisation d’objectifs qui servent les intérêts majeurs des peuples africains».
Assia Boucetta