Revirement de Madrid sur le conflit sahraoui : «Ce n’est pas une position officielle», selon Bachir Chaïb

Madrid a décidé de s’aligner sur la position marocaine en apportant son soutien au plan d’autonomie proposé par Rabat. La déclaration du Premier ministre espagnol intervient dans une conjoncture marquée par des relations politiques et diplomatiques très tendues entre les deux pays. Il s’agit d’une dérive dangereuse en contradiction avec la légalité internationale.

Pour Bachir Chaïb, chercheur et enseignant de sciences politiques à l’université de Skikda, «la déclaration du ministre espagnol entre dans le cadre des luttes de pouvoir qui animent les différentes parties du gouvernement de coalition espagnol». Selon lui, «il n’est pas exclu de voir les hautes autorités espagnoles annoncer la position officielle du pays à l’égard de cette question de décolonisation». Car, dit-il, «cette déclaration n’engage que son auteur qui reflète seulement la position du parti politique auquel il appartient». Il rappelle, dans ce sens, que «des divergences existent dans la classe politique de ce pays. Alors que certains responsables politiques affichent ouvertement leur soutien à la thèse marocaine, d’autres n’hésitent pas à manifester leur entière convergence avec la solution onusienne». Il est fort probable de voir, poursuit notre interlocuteur, «le gouvernement espagnol réagir, dans les prochaines heures, pour minimiser la portée d’une annonce à caractère politique et qui ne peut être assimilée à reconnaissance officielle de la souveraineté marocaine sur les territoires sahraouis d’autant plus qu’elle  pas été accompagnée d’actions concrètes».
Selon Bachir Chaïb, également directeur général du magazine électronique l’Africain, «la position exprimée par le responsable espagnol connaîtra, sans aucun doute, le même sort que celle exprimée par l’ancien président américain qui avait reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, mais demeurée depuis lettre morte». «Les choses ne sont pas aussi graves qu’on peut imaginer d’autant plus qu’il existe un enchevêtrement d’intérêts entre l’Algérie et l’Espagne, qui devrait pousser les autorités madrilènes à remettre cette déclaration dans son cadre  partisan», renchérit-il. Le politologue dit ne pas croire à des négociations officieuses entre Madrid et Rabat qui ont poussé à ce brutal revirement. «Les déclarations polémiques du Premier ministre marocain sur la souveraineté des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla n’ont aucun effet sur cette question puisque celles-ci sont espagnoles depuis plus de quatre siècles et l’Espagne n’est pas près de revoir leur statut», explique-t-il.
Tout compte fait, «les intérêts économiques espagnols se trouvent davantage avec l’Algérie qu’avec le Maroc. Et les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, la Cour internationale de justice, la Cour européenne de justice et toutes les organisations régionales et continentales ne reconnaissent pas la prétendue souveraineté marocaine sur le Sahara occidental», fait-il remarquer.
Assia Boucetta