Revirement de Pedro Sanchez sur la question sahraouie : Manifestation samedi à Madrid

Une grande manifestation sera organisée samedi  prochain à Madrid contre la nouvelle position « honteuse » du gouvernement espagnol dirigé par Pedro Sanchez sur la question sahraouie, a indiqué le militant politique espagnol Fernando Pereta. Ce dernier a souligné que la société civile, la classe politique et les organisations syndicales en Espagne, « sont pleinement conscientes de  l’ampleur du complot ourdi contre la juste cause sahraouie ».

Les Espagnols ont manifesté mardi contre la nouvelle position du gouvernement Sanchez concernant la question du Sahara occidental.  Les manifestants sont sortis dans plusieurs villes, dont Séville, Saragosse et Malaga, brandissant les drapeaux sahraouis et exprimant leur soutien au peuple sahraoui et à son juste combat pour la liberté et  l’indépendance, et leur rejet de la décision de Madrid d’abandonner sa  position traditionnelle de neutralité, et de soutenir le soi-disant « plan d’autonomie » proposé par l’occupant marocain.
Les manifestants ont appelé au respect de la légalité internationale, des résolutions des Nations unies et à la reconnaissance officielle des  responsabilités historiques de l’Etat espagnol dans le conflit du Sahara occidental.
La décision de Sanchez est « sans futur »
Le Comité suisse de soutien au peuple sahraoui a condamné fermement le revirement de la position du gouvernement espagnol sur le conflit au Sahara occidental qui constitue une décision « sans futur ».
     « Le Comité suisse de soutien au peuple sahraoui condamne fermement cette décision sans futur du gouvernement espagnol sur le conflit au Sahara occidental. Il est certain que le peuple espagnol montrera son soutien indéfectible au peuple sahraoui pour une issue au conflit où  I’autodétermination du peuple sahraoui en sera toujours la base légale », a-t-il indiqué dans un communiqué.  La décision du Premier ministre espagnol « est en violation du droit international », a ajouté le Comité, regrettant que ce revirement de  position intervient au moment où le nouvel envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, a entamé  son travail.
Le Comité suisse de soutien au peuple sahraoui assure que la décision du Premier ministre espagnol a été prise sous la pression du Maroc qui ne cesse de recourir au « chantage » pour arriver à ses fins, en brandissant notamment la carte de la migration clandestine.
« Pour arriver à ses fins, le Maroc a notamment usé de chantage, comme il en a l’habitude », a-t-il souligné, rappelant que pour dénoncer l’accueil  des autorités espagnoles du président sahraoui, Brahim Ghali, en avril 2021 sur leur sol pour des raisons médicales, le Maroc n’a pas hésité « à ouvrir volontairement ses frontières pour laisser passer près de 10.000 jeunes Marocains dans l’enclave espagnole de Ceuta ».
Sidi Omar appelle Madrid à assumer sa responsabilité juridique et historique 
Le représentant du Front Polisario auprès des Nations unies, coordinateur avec la Minurso, Sidi  Mohamed Omar, a appelé l’Espagne « en tant que puissance administrante du Sahara occidental », à assumer pleinement sa responsabilité juridique et  historique et reconsidérer sa nouvelle position qui entrave les efforts de l’ONU à parvenir à une solution au conflit.
Dans une lettre adressée mardi au Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, concernant la nouvelle position du gouvernement espagnol sur le  Sahara occidental, le responsable sahraoui a estimé que celle-ci « ne servira qu’à enhardir l’Etat occupant du Maroc à poursuivre son occupation  militaire illégale de certaines parties du Sahara occidental ».
« Au lieu d’assumer sa responsabilité historique et morale légalement établie envers le peuple du Sahara occidental, le gouvernement espagnol a  opté pour une position regrettable, d’autant plus qu’il s’éloigne de la politique traditionnelle espagnole à l’égard du Sahara occidental », a déploré l’ambassadeur sahraoui.
« Le Front Polisario et le Gouvernement de la République sahraouie (RASD) appellent l’Espagne, en tant que puissance administrante du Sahara occidental, à assumer pleinement sa responsabilité juridique et historique envers ce territoire et le destin de son peuple », a écrit M. Sidi Omar dans sa missive.
A cet égard, le Front Polisario et le Gouvernement de la RASD « espèrent que le Gouvernement espagnol reconsidérera d’urgence sa décision et  veillera à ce que l’Espagne joue un rôle constructif dans les efforts internationaux visant à parvenir à une solution pacifique et durable fondée sur l’exercice par le peuple du Sahara occidental de son droit inaliénable à l’autodétermination et à l’indépendance », a poursuivi le représentant du
Polisario.
Selon M. Sidi Omar, la nouvelle position de Madrid « encouragera également l’Etat occupant du Maroc à persister dans son obstructionnisme d’une manière qui entravera les efforts de l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, M. Staffan de Mistura,  et compromettra la perspective d’une relance du processus de paix de l’ONU, longtemps au point mort ». Il a rappelé que la Haute Cour nationale espagnole dans sa décision du 4 juillet 2014 a établi que « l’Espagne (…) continue d’être la puissance administrante (du Sahara occidental) et, à ce titre, jusqu’à la fin de la période de décolonisation, elle a les obligations énoncées aux articles 73 et 74 de la Charte des Nations unies ».
La décision a confirmé l’avis juridique rendu par le Secrétaire général adjoint aux affaires juridiques de l’ONU, le 29 janvier 2002, que « l’accord de Madrid (conclu secrètement entre l’Espagne, la Mauritanie et le Maroc le 14 novembre 1975) n’a pas transféré de souveraineté sur le territoire du  Sahara occidental, et n’a conféré à aucun des signataires le statut de puissance administrante, statut que l’Espagne seule n’aurait pas pu  transférer unilatéralement ».
Il a également rappelé l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) de 2016 qui a reconnu « le statut séparé et distinct accordé au  territoire du Sahara occidental en vertu du principe d’autodétermination, par rapport à celui de tout Etat, y compris le Royaume du Maroc », soulignant que l’Assemblée générale et ses organes subsidiaires ont continué à considérer le Sahara occidental en tant que territoire non autonome et ce depuis 1963.
« Compte tenu de ce qui précède, l’Espagne a donc toujours des responsabilités juridiques, historiques et morales envers le peuple du Sahara occidental. En tant que tel, elle est toujours responsable devant l’ONU et le peuple sahraoui de l’accomplissement de ses responsabilités et  obligations de +confiance sacrée+ concernant la décolonisation du territoire, conformément aux dispositions du chapitre XI de la Charte des  Nations unies et aux résolutions pertinentes de l’Assemblée générale », a conclu M. Sidi Omar.