Révision du système des subventions : Complexe

Le système des subventions est semblable à une médaille.  Un côté satisfait tous ceux que ça arrange de trouver de nombreux produits à bas prix  et de bénéficier des largesses d’un Etat providence. L’autre face est synonyme de gaspillage, voire de contrebande et de dilapidation des ressources de l’Etat. Les personnes aisées bénéficient davantage de la générosité de l’Etat que ceux qui sont dans le besoin. L’exemple du lait est un exemple parfait de ce «détournement». Certes, l’Etat ne renie pas sa nature et continuera à aider les catégories les plus fragilisées, mais il veut réorienter cette aide et en faire un outil de véritable justice sociale. Dans ce dossier, nos journalistes nous disent les raisons et donnent la parole à des experts qui expliquent comment s’y prendre.

La réforme du système des subventions fait couler beaucoup d’encre et de salive. C’est un dossier épineux, le moins que l’on puisse dire.
De par sa complexité, la question a été au centre de vifs débats au sein du gouvernement, du patronat et même de la société civile. Le président de la République, lors de sa rencontre périodique avec la presse, a réitéré la détermination des pouvoirs publics à mettre les bouchées doubles pour aboutir à une réforme qui se veut être consensuelle car toutes les forces vives sont appelées à apporter leur contribution. Les pouvoirs publics ne comptent pas faire cavalier seul. La démarche lancée est participative et inclusive.
A cet effet, Abdelmadjid Tebboune a annoncé l’installation d’une commission nationale, fin mai prochain, pour débattre de la problématique et élaborer des mécanismes d’orientation des subventions vers ceux qui ont en le plus besoin. Le gouvernement veut, coûte que coûte, mettre fin au système des subventions généralisées pour alléger le Trésor public d’un poids de plus en plus lourd.
A cause d’un modèle de consommation entaché par le phénomène du gaspillage, la réforme des subventions devient incontournable. Au titre de la loi de finances 2022, plus de 1.941 milliards DA, soit près de 17 mds USD, sont alloués à toutes les franges de la société. Maintenir les subventions est intenable dans un contexte de baisse du niveau des énergies fossiles et des ressources financières, d’autant plus que l’Etat intervient pour soutenir un éventail de produits. En plus du pain, du lait, de la semoule. Il subventionne les carburants, l’électricité, l’eau, la santé avec la médecine gratuite, sans parler du logement social et de l’emploi.
La commission aura pour mission de résoudre une équation difficile et trouver un difficile équilibre entre les subventions et le pouvoir d’achat des ménages. Elle devra aussi définir les catégories sociales auxquelles seront destinées les subventions. C’est qu’avec l’inflation galopante, la classe moyenne souffre aussi de la cherté de la vie. «Les revenus en général en Algérie sont très bas. Avec l’ouverture de l’économie dans les années 1990, les prix ont augmenté, alors que les salaires ont été contenus par l’article 87 bis», a souligné l’expert en questions sociales, Noureddine Bouderba, dans un entretien accordé dernièrement à Horizons.
Même après l’abrogation dudit article, le rythme d’évolution (prix-salaires) s’est maintenu. Toutefois, une lueur d’espoir se profile à l’horizon avec l’annonce du chef de l’Etat d’augmenter les salaires à partir de janvier 2023.Les économistes s’accordent à dire que la suppression des subventions devra se faire progressivement et en douceur pour ne pas fragiliser davantage de nombreux citoyens déjà accablés par la cherté de la vie. Il n’est guère facile de changer du jour au lendemain de modèle de consommation. Economistes et politiques prônent également le retour aux prix réels pour une rationalisation de la consommation et des dépenses.
Wassila Ould Hamouda