Révolution algérienne : Entre soutien de la Tunisie et désobéissance de soldats français

«La désobéissance de soldats français dans la guerre d’Algérie» et «Les personnalités tunisiennes et la Révolution algérienne » ont été les thèmes de deux conférences animées, ce mercredi à Alger, respectivement par Tramor  Quemeneur, docteur en histoire chargé de cours en histoire et en lettres   à l’université de Cergy, à Paris, spécialité en histoire sociale et culturelle, et Habib Hussein Allaoulaba, enseignant-chercheur en histoire moderne et contemporaine du Maghreb arabe. La rencontre s’inscrit dans le cadre du séminaire international des amis de la Révolution algérienne tenu à l’hôtel El Aurassi.

Tramor Quemeneur a affirmé que le phénomène de la désobéissance a commencé dans l’armée française depuis 1954. Il a fait savoir que pas moins de 11.000 jeunes Français ont refusé de participer à la guerre. Il a expliqué que les désobéissances dans un premier temps ont pris un caractère collectif, notamment avec les manifestations des rappelées entre 1955-1956. «Dans un second temps, cela n’a débouché que sur des refus individuels qui se sont progressivement structurés en réseau, au cours des années 1957 à 1959. Cela a conduit dans un troisième temps à ce qu’un débat public a émergé à partir de 1960, posant la question de la désobéissance dans la guerre d’Algérie», souligne-t-il.
En détail, il dit qu’il y a trois grandes périodes dans le temps de refus de la guerre de l’Algérie. Il s’agit de la période des rappelés et la prise de conscience (1955-1956), des témoignages (55-59) et la période du débat public (60-62). Le conférencier a rappelé les nombreuses décisions prises par la France coloniale, notamment la mesure de maintien sous les drapeau et le prolongement de la période du service militaire et de la mesure portant les rappelés sous les drapeau pour une période supplémentaire de 6 mois. Il a soutenu que ces mesures sont mal placées et refusées par les jeunes Français. Il dit qu’en 1955,une pancarte circule à Paris appelant à la désobéissance collective.
Par la suite vient, cite encore le conférencier, le temps de témoignages de jeunes Français partis contre leur gré en Algérie. «En voyant les conditions de la guerre, ils ont écrit des lettres à leurs familles et amis. D’autres ont pris des photos. Leurs documents ont pu être publiés dans la presse, suscitant ainsi une prise de conscience chez l’élite d’autant que cela a coïncidé avec la grande répression en Algérie en 1957», a-t-il indiqué. Il a souligné que des jeunes rappelés insoumis et des déserteurs français, anticolonialistes, qui commencent à se regrouper en Suisse ont créé en 1958 une organisation «Jeunes résistants». Celle-ci travaille en coordinations avec la Fédération du FLN en France et avec le réseau «Les Porteurs de valises». Cela a eu un effet considérable sur l’opinion publique française qui n’arrivait pas à comprendre l’aide de jeunes Français aux Algériens dans leur guerre contre la France, leur pays.
Une révolution à enseigner
Autre thème, la Tunisie et la Révolution algérienne. Habbib Hussein Allaoulab a estimé que la Révolution algérienne a changé le cours de l’histoire et la carte géostratégique du monde. Il dit que c’est une Révolution à enseigner dans le monde et qui a contraint la France à engager un processus de dialogue pour l’indépendance. Il a souligné que la Tunisie a pris des décisions pour servir la Révolution algérienne, se rappelant du refus du président tunisien Habib Bourguiba de rencontrer Charles de Gaulle à cause de la Révolution algérienne. Il a ajouté que la Tunisie a servi la base arrière de la lutte armée. Selon lui, les massacres de Sakiet Sidi Youcef commis par les forces coloniales françaises, un certain 8 février 1958, contre des civils algériens et tunisiens témoignent de l’esprit de solidarité qui lie les peuples d’Algérie et de Tunisie.
 Il a, également, mis en avant les relations entre les autorités tunisiennes et le GPRA. «La Tunisie a pris à bras-le-corps la Révolution algérienne», a-t-il soutenu. Il a ajouté que la cause algérienne a été la première préoccupation des Tunisiens, en particulier pour ceux qui se sont installés à l’étranger. «Ils l’ont adoptée et soutenue à travers différents médias et activités militantes pour éclairer l’opinion internationale de la légitimité de la Révolution algérienne et de la justesse de sa cause.
Amokrane H.