Riche itinéraire : Un peu d’amertume, beaucoup de clairvoyance

Et du théâtre qui l’a vu naître en tant qu’artiste, Benaïssa a vite su faire de cette disposition à la comédie, un autre savoir-faire.

Au cinéma, il a su se métamorphoser pour ne rien laisser transparaître de son jeu de scène. Aujourd’hui, le voilà bien rôdé, à l’image qu’il soigne. En étant exigeant avec lui-même pour demeurer à la hauteur de la confiance que des réalisateurs placent en lui. Et sa formation dans le théâtre le sert aussi. Lui qui a appris à jouer le populaire, le paysan sous la baguette de Hassen El Hassani. Et bien d’autres rôles encore qui lui vont à chaque fois comme un gant. Tenez le dernier-né dans le feuilleton de Ramadhan écoulé «Edhakira el akhira» (Le dernier souvenir) dans le personnage du père acariâtre et rude envers ses filles. Après avoir brillé dans «Kahla oua beida» de Abderrahmane Bouguermouh, qui l’a fait jouer aussi dans «Les oiseaux de l’été» et qui marquera l’acteur particulièrement pour la sensation intimiste que dégageait ce film. Il y en a eu d’autres au fil des ans,«Mori turi» de Okacha Touita, «Bab El Oued City» de Merzak Allouache, pour ne citer que les plus récents. L’acteur dit en substance qu’il a su échapper à ce fait que souvent le comédien du théâtre n’arrive pas à se défaire de son jeu de scène au cinéma ou à la télévision. Lui son rapport à l’audiovisuel, il l’a pratiqué lorsque en 1965-1966, il a eu à jouer dans une opérette chantée avec Nora, en direct à la télévision, sous la houlette de Kamel Hamadi, à l’époque où la télé passait ce qui était appelé les dramaturgies. C’est de là que tout est en fait parti», se souvient-il
Difficile avec lui-même
Et bien que riche de tout cet itinéraire, d’un poids certain qui pèse de toute sa diversité et son volume, Ahmed Benaïssa ne se méprend pas non plus sur ce métier d’artiste. Lui dit n’avoir jamais exigé de rôle, ou s’est fait difficile, sauf envers et avec lui-même. Il ne s’immisce pas non plus dans les productions et reste à la disposition du réalisateur. Et quand il a à intervenir dans un rôle, c’est pour s’assurer que son partenaire a la réplique qu’il faut avec ce qu’il faut. Une manière de donner un peu de sa formation, lui qui a su écouter et faire montre de son aptitude à apprendre  aux côtés des plus grands et des plus avertis d’ici et d’ailleurs.
Une pensée d’ailleurs à Larbi Zekkal, disparu récemment, à travers ces condoléances qu’il présente à sa femme, sa famille d’Alger et d’Oran, ce grand avec lequel il a eu à jouer sa vraie première pièce et qui l’a accompagné à l’écran, le grand dans «Les Hors-la-loi». Une autre évocation de Kateb Yacine, Mohamed Boudia, Mustapha Kateb… et puis cet autre oublié Abdelkader Benaïssa qui a si bien donné en tant qu’homme de théâtre aux côtés d’Abderrahmane Kaki à Mostagnem et auquel Ahmed rend un vibrant hommage… Tous ces hommes de théâtre qui ont tant donné et qu’il avait suggérés sur une liste des quatre noms au choix dont Mahieddine Bachtarzi avant que le TNA ne soit baptisé de son nom, à auréoler l’enceinte du Théâtre régional de Sidi Bel Abbès. «Un tollé général s’en est suivi lorsque les élus en ont pris connaissance. On leur a préféré Mostfa Ben Braham,  originaire de Bel Abbès. Alors que ce dernier, avais-je répondu,e st poète. Le théâtre à ce jour ne porte pas de nom. De plus, est-on obligé de calfeutrer un artiste à sa ville natale, n’est-il pas national, n’appartient-il pas à toute l’Algérie ? Pourquoi est-ce toujours une fondation ou une association locale qui reprend tant bien que mal le flambeau ?»
A présent, Benaïssa qui porte bien son âge, mûri à la jeunesse de son esprit, se tourne résolument vers l’après. Il vient de passer un casting et le réalisateur semble satisfait, dit-il, penche sur un possible retour aux sources du théâtre… et qui demeure épris et convaincu que seule une formation continue, même en pleins répétitions et casting, servira le métier de comédien.
S. A.