Rue de la Liberté : Diplomatie de non-alignement

Une fois affranchie du joug colonialiste, le premier défi qui s’est imposé à l’Algérie post-indépendance était bien celui de maintenir sa poussée diplomatique dans un monde façonné par deux crédos diamétralement opposés. Affermie dans l’école du militantisme et après7 ans et demi d’une guerre aboutie, la diplomatie algérienne s’est attelée pendant la décennie 60-70 à la préservation des acquis de la Révolution et à la confection d’un idéal internationaliste.

De par sa place géostratégique de choix, l’Algérie voulait s’imposer non seulement comme un acteur du continent africain, du Maghreb, du bassin méditerranéen, mais aussi au plan international depuis son admission à l’ONU en octobre 1962. En affichant une certaine préférence pour le bloc Est incarné par l’Union soviétique, un choix dû principalement à des facteurs historiques et politiques qui ont prévalu pendant la guerre de Libération nationale, l’Algérie travaillait, coûte que coûte, à défendre la cause des pays en voie de développement en soutenant à la fois la causse palestinienne devant l’ONU, les mouvements de libération et les processus de paix.
En nouant des amitiés et des liens d’entente avec les soutiens historiques de la guerre de Libération, l’Algérie a accueilli sur son sol autant de politiques et de révolutionnaires issus de plusieurs continents (Afrique, Amérique latine, Europe), chose qui a valu à sa capitale Alger d’être proclamée la Mecque des révolutionnaires.
N’ayant pas participé à la fabrique d’un système international bipolaire, la diplomatie algérienne qui s’est nourrie des idées vulgarisées partout dans le monde et portées principalement par la gauche progressiste, présentée à ce moment-là, comme un mouvement porteur d’espoir et de justice sociale, a remis en perspective les problématiques des pays du Sud, notamment à travers l’interpellation des acteurs du Nord pour asseoir un nouvel ordre international plus juste et délivré de toute velléité impérialiste.
Dans une phase de construction de l’Etat algérien, pris entre un héritage colonial pesant et une conjoncture internationale en ébullition, l’action diplomatique du pays s’est limitée à véhiculer le credo idéologique hérité de la guerre de Libération. Cette diplomatie rudimentaire de la décennie 60-70 a le mérite de remettre au devant de la scène internationale les questions géostratégiques et les défis communs des pays socialistes. De la sortie de l’emprise coloniale à la promotion d’un militantisme tiers-mondiste en passant par la reconfiguration des leviers institutionnels de l’Etat-nation.
Viendront après les priorités de construire un socialisme typiquement algérien et la mise en avant d’un paradigme diplomatique qui a fait beaucoup parler de l’Algérie jusqu’à nos jours, le non-alignement. Pour s’assurer que l’idéologie de la guerre ne vienne enliser l’élan de la transition, les dirigeants aux commandes ont laissé se constituer, début des années 80, une ambition plus pragmatique de l’appareil diplomatique du pays.
Hanny Tiouane