Rue de la liberté  : La culture de la liberté

Il y a comme ça, des jours où la culture revient au galop quand on veut la chasser à coups d’oubli, d’omission, voire de négligence.

C’est que la culture enracinée dans le patrimoine national a de quoi faire valoir ses atouts, non ses atours, non pour embellir ou servir de décor mais bel et bien pour affirmer une identité. Et cela a commencé, mieux, s’est confirmé à l’époque de la colonisation. Car, étant l’une des constantes nationales que la machine coloniale a tenté de broyer, pour en effacer toute trace, la réaction a vite fait de remettre l’horloge à l’heure de la défense et de la protection des acquis nationaux. Et quand il s’est agi par cette tentative d’anéantir toute velléité nationaliste, en anéantissant l’appartenance à un pays, tout ou moins en essayant de le faire,  il y a eu par le cheminement culturel, une affirmation de soi, de son cachet, de son existence en s’imposant par une production qui a su échapper au contrôle de l’administration coloniale. Un retour en arrière pour réécouter chiir el malhoun (poésie populaire chantée) dans ses plus belles expressions qui ont chanté et glorifié la Nation algérienne. Pour reprendre de bouche à oreille les plus belles mélodies qui rendent hommage aux révolutionnaires, ou aux mères éplorées par la mort au champ d’honneur de leur enfant. Pour redessiner les contours de signes gravés dans de la poterie millénaire, les symboles d’un tissage ancestral, de décorations faites main sur les murs des maisons montagnardes. Pour réciter des versets coraniques dans les medersas et les zaouïas pour ne pas renier ses origines. Maintenir cette volonté de ne pas se laisser voler son identité, ses repères et ses valeurs.
La culture s’est ainsi frayé un sentier vers la liberté, par la voie orale. Transmise aux quatre coins du pays avec pour chaque région, sa spécificité, sa signature, son aura. Une gageur quand on sait que 60 ans après et au-delà, cette oralité, sans être transcrite, a traversé les âges et le temps et en est sortie indemne. Peut-être serait-il d’ailleurs opportun qu’elle soit enfin écrite noir sur blanc ? Une belle moisson de ce qui se créait malgré l’interdit, l’oppression et l’exécution sommaire. Récoltée après l’indépendance et que les générations après-guerre ont su mettre à profit. Un clin d’œil à la nouvelle scène algérienne puisée dans la jeunesse qui reprend en revisitant des chefs d’œuvre signés des anonymes. Ceux-là mêmes qui ont un jour chanté la Révolution et la lutte d’un peuple. Et lorsque survient la Guerre de libération, les armes des femmes et des hommes de culture ont fait le reste. Et il en reste plus que des traces. De Qassaman à Djibalina en passant par Khouya moudjahed… des airs qui survolent le ciel d’Algérie à la gloire de celles et ceux  qui l’ont chanté dans leur chair et leur âme. Pour que le refrain demeure.
Saliha Aouès