Rue de la Liberté : Le poids de la mémoire

Le travail diplomatique visant à consolider les relations bilatérales algéro-françaises au bénéfice des populations des deux pays et à renforcer la coopération face aux enjeux régionaux, tel que pensé par les Français lors de la récente visite d’Emmanuel Macron, est-il possible sans l’apaisement des mémoires qui, côté algérien, ne saurait se faire sans la reconnaissance des crimes perpétrés pendant la colonisation ?

Rien n’est moins sûr. Soixante ans après l’indépendance, ce «plaider-coupable» assorti d’excuses reste une des exigences les plus importantes des Algériens qui ne peuvent oublier les massacres, les enfumades, génocides et toutes ces atrocités auxquelles la France coloniale avait eu recours pendant 132 ans.
En décembre 2021, l’historien algérien Mohammed El Korso réagissait au rapport «Réconciliation des mémoires» de Benjamin Stora en estimant notamment qu’«un effort de vérité est demandé aux plus hautes instances françaises appelées à reconnaître les crimes commis pendant 132 ans en leur nom, plus particulièrement entre 1945 et 1962 (…)». Une demande légitime que l’Algérie ne cesse de formuler pour que les deux pays et leurs peuples puissent franchir une étape importante dans le dépassement du lourd contentieux mémoriel. Un contentieux qui condamne Algériens et Français à vivre constamment dans ce passé douloureux et compromet un meilleur avenir que les nouvelles générations pourraient construire. «Une reconnaissance des crimes commis, nettement affirmée, pourrait contribuer à l’apaisement des relations entre les deux peuples», avait confirmé l’historien Hassan Remaoun en commentant, lui aussi, le rapport Stora.
On ne peut, en effet, avancer dans la paix et la confiance sans que les vérités du passé ne soient connues, reconnues et assumées de part et d’autre de la Méditerranée. Pendant 132 ans, la France coloniale a, dans la violence, dépossédé un peuple de ses terres, l’a asservi et tenté de le dépouiller de son histoire et de son identité. Aujourd’hui, les descendants des anciens colonisés exigent que les atrocités commises par les Français soient reconnues en tant que telles et que des excuses soient présentées.
Pour les Algériens, cette exigence reste légitimement une condition sine qua non pour des relations bilatérales apaisées et dépassionnées. L’entêtement de l’Etat français à refuser de reconnaître ces crimes continuera, sans doute, d’entraver l’avènement d’une nouvelle ère entre les deux pays. Même s’il est vrai que «des petit pas» dans le sens de la réconciliation mémorielle ont été accomplis ou sont sur le point de l’être comme la mise en place annoncée d’une commission mixte d’historiens algériens et français pour étudier la période de la colonisation et de la guerre d’indépendance.
Autant dire qu’il y a des efforts à faire sur le chemin de la réconciliation mémorielle tant le contentieux est lourd de 132 ans de violences.
Samir  Ould Ali