Rue de la Liberté : Les autres soutiens de la guerre !

Quelle histoire raconter aux générations à venir outre le récit notable de nos vaillants moudjahidine? Si dans certains pays qui ont subi la colonisation, il est dit que la libération serait la réalisation quasi exclusive des soldats, ou, comme préfèrent certains historiens dire, que globalement les gens minimisent le rôle des populations civiles dans les mouvements de libération anticoloniaux, en Algérie, on ne peut pas se permettre un tel doute sur une vérité historique. Notamment, quand il est question de mémoire de nos civils qui ont contribué autrement -sans porter les armes et dans la clandestinité totale- aux efforts de lutte contre le régime colonial.

Tout le monde, historiens, moudjahidine, sociologues, soutient l’idée selon laquelle la Révolution n’aurait pas abouti si elle n’avait pas tissé de liens solides avec le peuple. C’est dans cette perspective que le voyant héros et chahid Larbi Ben M’Hidi a paraphrasé la révolution : «Jetez la Révolution dans la rue, elle sera portée par tout le peuple.» En Algérie, la participation de toutes les couches sociales au combat libérateur n’est pas une histoire oubliée. Aussi, des livres et des témoignages illustrent le niveau de confiance et de solidarité qui unissait les militants de l’ALN et les populations, notamment en milieu rural. «Avant qu’il parte au maquis, mon mari m’a conseillé d’accueillir tout partisan de la Révolution à la manière d’un frère», dit une femme témoin de périples des résistants en zone rurale. En se posant en soutiens efficaces et indispensables à la bonne marche de la Révolution, ces populations civiles sont devenues par la force des choses une cible pour les autorités coloniales. En réaction à leur activisme secret, les colons ont dû enfermer des milliers de ruraux dans des camps de regroupement en vue de couper les moudjahidine de leurs bases populaires, massivement implantées dans les villages du pays. Ayant pris soigneusement conscience de leur «devoir de soutenir la Révolution», des citoyens qui, discrètement mais efficacement, ont pris le risque de se joindre à leurs «frères militaires» à travers un engagement grandiose. Des femmes audacieuses s’occupaient des soldats blessés en leur prodiguant des soins, des enfants ont réussi à remettre en main propre des documents secrets du FLN. Des maîtres d’écoles coraniques ont veillé au bon déroulement des opérations de collecte de dons.
«Nous assistons en Algérie à une remise en marche de l’homme», a écrit Frantz Fanon dans «Sociologie d’une révolution». Les Algériens ont fait preuve d’un immense sacrifice pour faire avancer le processus révolutionnaire. L’histoire du Mouvement national aura été certainement l’histoire de ces paysans qui se déplaçaient d’un village à l’autre pour prêter aide aux soldats. Dans le feu de la lutte, nos populations civiles ont répondu massivement à l’appel de la Révolution.
Hanny Tiouane