Rue de la liberté : L’étoile algérienne au firmament

Par Amar Abbas

Au lendemain d’une indépendance chèrement acquise, il y a 60 ans, dans une liesse sans commune mesure, le peuple algérien, tel un enfant qui ouvre ses yeux à la vie, a poussé ses premiers cris de joie jusqu’à en frémir. Il venait de briser les chaînes d’un colonialisme sauvage et barbare, tenu tête à une des armées les plus puissantes de la planète, de résister à un type de torture des plus abominables que seul le fascisme a su enfanter. C’est donc ivre de liberté que le peuple algérien est sorti ce jour du 5 juillet 1962. Il a chanté, dansé des jours et des nuits durant dans la torpeur d’un été qui restera gravé dans la mémoire collective. Le monde restera en admiration devant l’enthousiasme, la sève que porte en lui ce peuple épris de liberté. Une liberté arrachée après plus de sept années de guerre, qui aura emporté 1,5 million de ses filles et ses fils parmi les plus valeureux que l’Algérie aura enfantés. La révolution algérienne allait devenir une référence pour tous les pays qui aspiraient à rompre les chaînes de la servitude, de la soumission, de la domination. L’étoile algérienne était au firmament sur le plan international. L’éclosion de la démocratie se fait longue. Les libertés politiques, individuelles seront titillées. Paradoxalement, c’est dans cette conjoncture que le peuple algérien fera preuve de son génie créateur. Les œuvres théâtrales, le cinéma, la littérature n’auront jamais été aussi prolifiques et denses que dans les premières années qui suivront l’indépendance. Place aux lendemains qui déchantent. Une page de l’Histoire de l’indépendance venait de s’écrire. Le processus démocratique auquel elle lorgnait s’est retrouvé contrarié. Etait-ce irréversible ? De crises politiques (événements du 5 octobre 1988, interruption du processus électoral, démission du président Chadli en janvier 1992, assassinat de Mohamed Boudiaf le 29 juin de la même année…) en crises économiques (dégringolade des prix du pétrole en 1985, 1998, décembre 2008, 2014), le chemin semblait tout indiqué. C’était sans compter sur cette nouvelle génération d’Algériens que tout le monde donnait pour coupée de cette réalité. Celle façonnée par leurs aînés qui n’ont pas renoncé au sacrifice de leur vie de tracer le premier sillon d’où devaient germer les bourgeons de la démocratie.
 A. A.