Rue de la Liberté : L’image et le son, pour mémoire

L’Algérie indépendante a beaucoup misé sur le cinéma afin que le sentiment patriotique ne s’étiole pas avec le temps. Ce sont des documentaires sur les réfugiés algériens qui illustrent les conditions de vie exécrables dans lesquelles la France coloniale a plongé le peuple algérien.
Ce sont aussi, ces bouts de films réalisés au risque de leur vie que des cinéastes français et autres européens, amis de l’Algérie en lutte contre le colonialisme français, qui ont montré les horreurs des bombardements au napalm des villages entiers et des populations en fuite, qui ont alerté l’opinion internationale sur les crimes de guerres commis par l’armée française. Les dirigeants de l’époque, héros éternels de l’Algérie, ont misé sur l’internationalisation de la question algérienne au moyen de la presse et des images et du son, du cinéma.
A l’indépendance, après les inoubliables séquences de liesse de la victoire, d’ailleurs reprises dans plusieurs longs-métrages algériens, des films sur la guerre de Libération nationale ont été produits à une cadence fort soutenue afin de glorifier l’héroïsme du peuple qui s’est engagé corps et âme aux côtés des valeureux moudjahidate et moudjahidine. Cela a commencé avec un long-métrage «Une si jeune paix» de Jacques Charby, qui évoque la paix sous le regard des enfants meurtris par les séquences de la guerre, et aussi du film «La Nuit a peur du soleil» de Mustapha Badie, qui retrace les raisons de la révolte du peuple algérien et la vie sous domination coloniale française.
Le cinéaste Mohamed Lakhdar Hamina apporte sa touche de réalisme avec les douleurs d’une mère courage partie à la recherche de son fils, un moudjahid emprisonné dans une caserne de l’armée française, et ose déjà introduire avec beaucoup d’audace l’humour dans le récit de la guerre de Libération avec «Hassen Terro». Les films sont produits avec une cadence acceptable et ils ont connu un engouement à peine imaginable de la part du public qui pour certains découvrent, pour la première fois, le cinéma, comme les femmes surtout. L’épopée de la guerre s’est aussi exprimée avec «L’Opium et le Bâton» d’Ahmed Rachedi, «Patrouille à l’Est» d’Amar Laskri, qui avait signé une œuvre qui sert maintenant de base de documents pour illustrer des documentaires relatifs à la guerre de Libération.
Depuis maintenant une vingtaine d’années, le héros anonyme a cédé sa place aux héros qui ont retrouvé leur nom avec des films comme «Ben Boulaid», «Krim», «Lotfi», d’Ahmed Rachedi, «Zabana» de Saïd Ould Khelifa, «Ben M’Hidi» de Bachir Deraïs…Récemment le ministère des Moudjahidine a annoncé le lancement de deux films consacrés aux héros de la guerre «Si El Houès» et «Ahmed Bouguerra».
L’Algérie a besoin de matérialiser sa mémoire et de la conserver avec des films et des archives écrites et parlées. C’est indispensable pour les futures générations.
Abdelkrim Tazaroute