Rue de Tanger : Aux parfums de Ramadhan

L’ex-rue de Tanger (Ahmed Chaïb, aujourd’hui) a toujours été un lieu de restauration par excellence. De même qu’un «souk» très fréquenté pour la qualité de ses viandes et de ses pains traditionnels. Durant le mois de Ramadhan, ces «qualités» s’en trouvent renforcées, attirant une clientèle qui se déplace spécialement pour satisfaire leur gourmandise.

Rue de Tanger, au milieu de l’après-midi. Des odeurs alléchantes frappent aussitôt nos narines. Des odeurs de pain et de galettes, tout juste sortis du four. De coriandre fraîche aussi, qui confère à la chorba ou à la hrira sa senteur si particulière. De certains restaurants, se dégage une forte odeur d’un «mtewem» bien épicé. Bien que la plupart des restaurants soient fermés en cette période de jeûne, certains sont restés ouverts pour offrir le Ftour aux travailleurs résidant en dehors d’Alger. C’est le cas du restaurant «Yakout». «Nous comptons un bon nombre de clients qui travaillent à Alger, mais qui n’y habitent pas. Comme ils vivent seuls, loin de leurs familles, ils préfèrent venir manger ici. Nous pratiquons les mêmes prix et ils ont droit à tous les plats préparés d’habitude durant le mois de Ramadhan», indique le propriétaire de ce restaurant. Évidemment, ce sont les clients qui sont les premiers servis à l’heure de Ftour. « Moi-même et mon équipe, nous ne mangeons qu’une fois nos clients servis. Notre table est prête à l’avance, mais il est vrai que cela nous prive des ftours en famille. C’est le prix à payer pour continuer à travailler durant le mois de Ramadhan», confie-t-il. De même que le restaurant le «Roi de la loubia» qui se convertit, durant le mois de jeûne, en «Roi dubourek». Il propose tout une variété de boureks, cuits sur place. Un peu plus loin, le restaurant «El Amira» devient celui de la «rahma». Des tables sont déjà dressées pour accueillir les passants dans le besoin et les nécessiteux. «Cette année, nous avons obtenu l’autorisation de les accueillir dans le restaurant. Ainsi, les personnes nécessiteuses peuvent s’attabler au lieu de se contenter des plats à emporter, comme cela a été le cas lors des deux derniers Ramadhans», souligne le gérant de ce restaurant qui offre à l’occasion de chaque mois de jeûne des repas aux personnes dans le besoin. Les différentes ruelles de la rue de Tanger sont investies par de nouveaux vendeurs, informels. Sur des étals de fortune, ils vendent de la zlabiya, des pâtes traditionnelles (diouls) et des condiments. Ces marchands, plus nombreux que d’habitude, encombrent pratiquement les entrées et les sorties de la rue der Tanger, suscitant le mécontentement des automobilistes de passage. Les marchands ambulants exhibent ail, oignon, pomme de terre, et autres oranges et fraises.
Au milieu de l’après-midi, il y a plus d’ambiance que le matin. C’est surtout à ce moment-là que les pères et les mères de famille sortent pour les achats de dernière minute. Des files interminables se constituent déjà devant les boulangeries spécialisées dans le pain traditionnel. La demande est tellement grande que la plupart des pizzerias se sont converties en boulangeries occasionnelles tandis que les cafés en pâtisseries. À 17h, il y a toujours autant de monde. Le roi des boureks choisit ce moment-là pour dresser une table à l’extérieur et inviter les passants et ses fidèles clients à choisir entre les boureks et les briks, dont les farces sont un régal pour les yeux.
Farida Belkhiri

 

Le roi de la loubia devient roi du bourek : Pauvres et riches autour de la même table
Qui ne connaît pas le petit restaurant le «Roi de la loubia» ? Il est réputé par sa loubia, mais aussi par ses sardines et sa salade de poivrons (hmiss). Seulement, durant le mois de Ramadhan, le roi de la loubia devient Roi du bourek. «C’est une tradition depuis plus de 40 ans. En temps normal, nous sommes les rois de la loubia et durant le mois de jeûne, nous sommes les rois du bourek», indique le gérant et cuisinier de ce petit restaurant, Abdelhamid Bettach, qui a appris ce métier de l’ancien propriétaire, connu sous le nom de «Moro». Des photos de ce dernier ornent les murs de ce restaurant qui abrite quelques tables. «C’est Moro qui m’a appris tout ce que je sais et je fais de même avec un apprenti pour assurer la relève. Moro, en fait, a appris à faire la cuisine quand il était emprisonné à Serkadji du temps du colonialisme. Il était condamné à mort. Après l’indépendance, il a ouvert ce petit restaurant et s’est spécialisé dans la loubia, les sardines et le hmiss», rapporte-t-il. Des plats tellement savoureux qu’ils attirent du monde des 58 wilayas. Parmi ses clients, figurent les riches, les pauvres et les classes moyennes. «Des ministres se déplacent jusqu’ici pour manger la loubia. Ils se mettent à table sans façon au même titre que les autres. Nos portes sont ouvertes aussi aux pauvres. C’est une tradition héritée aussi de Moro», dit-il. Durant le mois de jeûne, il dresse une table à l’extérieur, exposant sur la table toutes sortes de farces de bourek, à la viande, au poisson, aux légumes… «Nos boureks et briks sont cuits sur place. Nos clients les emportent tout chauds. Les personnes nécessiteuses, que nous connaissons une par une, sont servies au même titre que les autres, gratuitement. Autour de notre table, riches et pauvres, sont réunis», conclut-il.
F. B.